La Nation Bénin...
Revêtements de façades, escaliers, cuisines, salons, allées… Les pierres ornementales séduisent par leur durabilité et leur esthétique naturelle. Architectes, propriétaires de maisons, bâtisseurs et autres promoteurs les adoptent pour leurs besoins, leurs bâtiments et leurs projets haut de gamme. Malgré cet intérêt, certains restent encore hésitants, et les raisons sont multiples.
Très prisées pour la construction et la décoration, les pierres ornementales servent aux revêtements. Leur durabilité et leur esthétique naturelle en font un matériau recherché pour les villas, hôtels et édifices publics. Dans plusieurs villes du Sud, des architectes expérimentent des designs plus contemporains valorisant les textures naturelles des roches du Nord. Peu présent dans la construction il y a encore peu, ce matériau signe progressivement son grand retour, à la satisfaction des acteurs du secteur. Du Nord au Sud du pays, le quartz se rend de plus en plus visible et prend progressivement une place de choix dans la construction.
Au Bénin, l’écoconstruction connaît ces dernières années une progression significative, portée par l’intérêt croissant de certaines collectivités locales et partenaires techniques pour la valorisation des matériaux disponibles sur le territoire. Dans plusieurs communes du pays, notamment à Tanguiéta,
Natitingou…, des chantiers pilotes en terre stabilisée et en pierres locales ont vu le jour, principalement dans le cadre des bâtiments publics. Salles de classe, logements sociaux, bureaux administratifs en matériaux locaux et surtout habillés de pierres issues des roches du septentrion envahiront sous peu l’espace, ont assuré plusieurs acteurs rencontrés dans les villes sus citées. Des résidences privées construites par des ménages curieux de solutions alternatives viennent en renfort. À Perma, Cotiakou, Kouandata,
Kotopounga, Péporiyakou, Kouaba… Les paysages donnent à voir qu’une transformation est engagée. Encore fragile certes, mais prometteuse. Elle laisse espérer que, dans les années à venir, outre les façades, les pans de murs, les terrasses, les douches, les allées ou encore les espaces floraux, l’écoconstruction prendra une place plus importante dans le bâtiment.
Une opportunité face au changement climatique
Et même si elle n’est pas encore majoritaire, cette approche bénéficie d’une reconnaissance technique renforcée grâce à certaines initiatives institutionnelles telles que les projets Mad et Pdm, les actions de l’Association des communes de l’Atacora et de la Donga (Acad), qui œuvrent à la professionnalisation des artisans, à la diffusion des technologies de pressage, ainsi qu’à la documentation des performances thermiques et environnementales de ces constructions.
À Tanguiéta, Natitingou ou encore Cobly, briques en terre compressée, pierres du terroir ou encore enduits naturels font leur entrée en scène. Ces solutions, autrefois perçues comme « rurales » ou « peu modernes », gagnent désormais en visibilité et en reconnaissance technique. Alors que le pays est engagé dans plusieurs programmes de résilience climatique et de transition énergétique, l’éco-construction apparaît aujourd’hui comme l’une des solutions les plus concrètes et les plus accessibles. Adaptée au climat tropical, mobilisant une main-d’œuvre locale, réduisant l’empreinte carbone des bâtiments et facilitant l’accès des populations à un habitat décent, elle est en parfaite cohérence avec les ambitions nationales de durabilité, confient plusieurs experts.
La prise de conscience s’accélère. Ce qui s’expérimente aujourd’hui dans les communes du Nord pourrait ainsi faire école dans l’ensemble du pays.
Une tradition valorisée et modernisée
« Construire différemment n’est pas synonyme de renoncer au progrès. C’est au contraire l’opportunité de bâtir un paysage urbain et rural plus résilient, plus accessible et en harmonie avec nos ressources », reconnaît André N’da, natif de Natitingou. Selon lui, les prochaines années seront décisives. De la mobilisation des pouvoirs publics à l’adhésion des populations, en passant par l’investissement du secteur privé, la transition vers un habitat durable dépendra de la capacité du Bénin à faire de ses matériaux une richesse assumée. « L’avenir du bâtiment au Bénin pourrait bien se construire avec ce qui se trouve sous nos pieds », affirment de plus en plus d’experts. Dans les pierres de l’Atacora, certains y voient déjà les fondations d’un futur meilleur et la possibilité, aussi bien pour les habitants que pour les populations locales, de bâtir autrement. Face à la chaleur écrasante, au coût croissant des matériaux importés et aux enjeux environnementaux de plus en plus pressants, l’écoconstruction s’impose comme une réponse durable aux défis climatiques.
L’écoconstruction ne rompt pas avec les pratiques traditionnelles, mais les valorise. « Dans nos villages, nous utilisions la terre crue pour nos habitats. Aujourd’hui, en modernisant ces techniques avec la terre stabilisée ou cuite, nous pouvons construire des bâtiments durables et confortables», explique Gilles Aguidissou, ingénieur en génie civil spécialisé en matériaux locaux.
Le maire de Ouassa-Péhunco et président de l’Association des communes de l’Atacora-Donga, souligne, pour sa part, que cette initiative permet d’utiliser les matériaux locaux, de réduire les coûts de construction, d’améliorer le confort et de créer des emplois pour les jeunes. Même si une certaine réticence persiste parmi les populations, liée au manque d’information ou aux habitudes de construction, ces acteurs insistent sur la sensibilisation et l’accompagnement des administrations et des particuliers pour lever ces freins. Ils aiment à rappeler les mots de Salima Naji, architecte et chercheuse en patrimoine bâti, qui indique que « l’architecture africaine est profondément intelligente, adaptée et résiliente. L’avenir de l’écoconstruction commence avec nos choix, nos décisions et notre volonté partagée de construire un développement durable, inclusif et résilient ».
L’un des principaux arguments en faveur de l’écoconstruction reste sa performance thermique. Les matériaux locaux possèdent une inertie naturelle qui maintient la fraîcheur à l’intérieur des pièces, y compris pendant les périodes de chaleur intense, réduisant ainsi le recours aux ventilateurs et à la climatisation. À cela s’ajoute un bénéfice économique direct. C’est une bonne option pour les familles à revenus modestes qui s’épargnent ainsi les coûts exorbitants liés au ciment, à l’acier et autres matériaux. Beaucoup lorgnent de plus en plus la terre stabilisée, les briques en terre cuite ou les pierres ornementales disponibles sur place. Cette alternative permet non seulement de baisser le coût final de la construction, mais aussi de dynamiser un savoir-faire local longtemps relégué au second plan. Une transition, sinon une métamorphose en devenir, qui doit encore s’affranchir de certains préjugés et complexes pour imposer son potentiel.
Dans les zones urbaines, la brique en ciment, le béton et l’acier continuent de dominer le paysage immobilier. Pour beaucoup, ces matériaux restent le symbole par excellence de la « modernité » et du progrès social. Une maison en terre serait « moins solide, moins durable, voire réservée aux pauvres ». Pourtant, des analyses techniques montrent que, bien conçues, ces constructions offrent une solidité comparable aux techniques conventionnelles, tout en ayant un impact écologique nettement plus faible. On pourrait donc saluer la diversité des initiatives publiques et privées qui appellent à leur valorisation.
Alors que le marché béninois dépend encore majoritairement des carreaux importés, des exploitants comme Daniel Adjinacou, promoteur d’un site de pierres à Bérécingou dans la commune de Natitingou, militent pour la valorisation des roches locales, durables et esthétiques. Quartz, granite, cuirasse… Le département de l’Atacora, au nord du Bénin, et plus précisément la commune de Natitingou, recèlent des ressources minérales à fort potentiel économique. Daniel Adjinacou fait partie des acteurs qui s’emploient à les révéler.
Valoriser le patrimoine architectural
Le marché reste dominé par des commandes ponctuelles, mais la demande progresse avec la promotion du « consommer local ». Les exploitants espèrent une montée en gamme grâce à des unités de transformation modernes et à l’organisation en coopératives pour sécuriser les volumes et accéder à de nouveaux marchés, comme le Burkina Faso et le Togo.
L’exploitation des pierres ornementales est encadrée par le Code minier. Toute activité nécessite un permis délivré par la Direction générale des Mines, après étude technique et environnementale. Les exploitants s’acquittent de redevances et déclarent régulièrement leurs volumes. Des contrôles sur site visent à prévenir la dégradation de l’environnement et à assurer une extraction responsable. L’État ambitionne de formaliser davantage le secteur afin de renforcer les recettes publiques et de créer plus d’emplois dans les zones rurales. Le marché progresse avec la promotion du « consommer local » et pourrait s’ouvrir sur des pays voisins si la transformation se modernise.
Du savoir-faire ancestral à l’innovation
Dans un contexte mondial marqué par le changement climatique et l’urbanisation rapide, le Bénin se tourne progressivement vers l’écoconstruction, un mode de construction durable qui conjugue savoir-faire ancestral, matériaux locaux et innovations modernes. Ce choix stratégique ne se limite pas à réduire l’empreinte écologique. Il représente également une opportunité d’insertion professionnelle pour la jeunesse et de valorisation du patrimoine matériel et culturel.
Pour Timothée Aballo, formateur dans le secteur, la formation des jeunes constitue le cœur du dispositif et se base sur la pierre et la terre. Il leur est enseigné la taille de la pierre, la construction en pierre pour les sous-bassements et la fabrication de briques en terre comprimée (Btc). Pierre Welaka, jeune artisan de Djougou, témoigne que cette formation lui a permis de gagner des chantiers dans son village et d’acquérir des compétences que lui et ses collègues maçons n’avaient pas.
« Aujourd’hui, beaucoup de gens sollicitent mes services pour des écoconstructions et j’en suis très fier », témoigne, souriant, le jeune artisan. Gilles Aguidissou insiste sur les avantages environnementaux de cette approche.
« L’écoconstruction vise à protéger l’environnement, réduire les gaz à effet de serre et garantir un confort optimal à l’intérieur des bâtiments », explique-t-il. Les matériaux locaux, tels que la terre, la pierre et le bois, permettent de réduire la consommation de ciment et de fer, souvent importés et très énergivores.
« Ces matériaux sont durables et peuvent résister plusieurs centaines d’années si la conception est bien adaptée. Contrairement au béton, qui peut commencer à se dégrader après une centaine d’années, certaines constructions en terre ont traversé cinq siècles », rappelle l’ingénieur.
Dans un contexte de canicule et de forte exposition aux rayons ultraviolets, l’utilisation de matériaux locaux contribue également à réguler la température intérieure des bâtiments et à améliorer le confort des occupants, selon ses explications.
L’écoconstruction devient ainsi un vecteur de développement, d’insertion et de résilience, capable de transformer durablement le paysage urbain et rural du Bénin. Des artisans et des collectivités découvrent qu’il est possible de bâtir autrement, en limitant l’utilisation de matériaux importés, souvent coûteux et énergivores, et en maximisant l’usage de la terre, de la pierre et du bois. L’écoconstruction n’est pas une rupture avec la tradition, mais sa modernisation, rappelle Gilles Aguidissou. Christian Houétchénou, maire de Ouidah, lors d’un colloque sur l’écoconstruction, soulignait l’importance d’intégrer cette approche dans le développement urbain. « Nous avons adopté un plan de développement qui met l’accent sur l’utilisation des matériaux locaux, la formation des jeunes et la création de centres spécialisés. L’objectif est de permettre à notre ville et à notre pays de se développer tout en respectant l’écosystème », avait soutenu l’élu.
L’écoconstruction, au Bénin, n’est donc plus un simple projet technique. Elle devient progressivement une vision de société qui allie formation, insertion des jeunes, valorisation du patrimoine et protection de l’environnement.
L’écoconstruction connaît une progression significative