La Nation Bénin...
La mobilisation des ressources domestiques s’impose comme un levier stratégique pour le financement du développement des pays africains. Elle repose sur l’épargne nationale, l’investissement privé et les recettes publiques générées localement. Au Bénin, le cadre conceptuel et les piliers programmatiques de cette mobilisation visent à renforcer l’autonomie financière de l’État et orienter les ressources vers les secteurs prioritaires de l’économie.
La mobilisation des ressources domestiques apparaît aujourd’hui comme une voie privilégiée pour soutenir durablement le développement face à l’incertitude économique et la volatilité des financements extérieurs. Elle renvoie à l’ensemble des ressources financières générées à l’intérieur d’un pays par les ménages, les entreprises nationales et l’État lui-même. Contrairement aux ressources externes, comme l’aide publique au développement ou les investissements directs étrangers, la mobilisation des ressources domestiques permet aux pays de mieux maîtriser leurs priorités de développement et de renforcer leur souveraineté économique. Le principe repose sur l’idée de mobiliser davantage l’épargne et les capacités d’investissement internes afin de financer les infrastructures, soutenir les politiques publiques et stimuler la croissance économique. Cette approche offre l’avantage d’une meilleure appropriation nationale des politiques économiques. En cela, le Bénin fait figure d’exemple avec les orientations de son document de politique nationale de financement du développement 2024-2033. Les décisions d’investissement peuvent ainsi être davantage alignées sur les besoins locaux, notamment dans des secteurs souvent délaissés par les investisseurs étrangers, tels que l’agriculture ou certaines activités industrielles à forte valeur sociale. Deux arguments majeurs justifient cette orientation stratégique. D’une part, la mobilisation accrue des ressources domestiques élargit l’espace budgétaire de l’État. Elle lui permet de disposer de marges de manœuvre plus importantes pour conduire ses politiques publiques sans dépendre excessivement de financements extérieurs. D’autre part, elle favorise une meilleure orientation des investissements vers les secteurs prioritaires du développement national, souvent jugés trop risqués ou moins rentables par les investisseurs étrangers. Cependant, la mise en œuvre d’une telle stratégie ne va pas sans défis. Dans de nombreux pays africains, la faiblesse des bases fiscales, l’importance de l’économie informelle et les capacités institutionnelles limitées constituent autant d’obstacles à une mobilisation efficace des ressources internes. Dans ce contexte, attirer des financements extérieurs peut apparaître comme une solution plus simple à court terme. Néanmoins, les autorités publiques s’efforcent de renforcer progressivement les mécanismes internes de financement du développement. Le cadre conceptuel de la mobilisation des ressources domestiques du Bénin repose ainsi sur deux grandes dimensions complémentaires : les ressources publiques et les ressources privées.
Apport substantiel
La mobilisation des ressources domestiques publiques concerne principalement les recettes fiscales et non fiscales de l’État. Elle inclut la fiscalité intérieure directe et indirecte, les droits de douane ainsi que les recettes issues des entreprises publiques ou d’autres sources administratives. Cette dimension intègre également la question des dépenses fiscales, c’est-à-dire les exonérations et avantages accordés dans le cadre de certaines politiques économiques. L’objectif est d’optimiser la collecte des recettes tout en améliorant la transparence et l’efficacité de la gestion des finances publiques. La seconde dimension concerne la mobilisation des ressources domestiques privées. Elle englobe les mécanismes permettant de canaliser l’épargne et les investissements du secteur privé vers l’économie nationale. Plusieurs instruments interviennent dans ce processus. Il s’agit notamment du financement par les banques et les systèmes financiers décentralisés, du financement direct via les marchés financiers, du capital-investissement ou encore du financement par les chaînes de valeur agricoles. D’autres formes de contributions, comme la responsabilité sociale des entreprises, la philanthropie ou le financement par les organisations locales, participent également à cette dynamique. Au-delà de ces deux dimensions, de nombreux pays dont le Bénin s’orientent désormais vers des mécanismes innovants de mobilisation de ressources domestiques. Ces dispositifs visent à diversifier les sources de financement et à renforcer la participation du secteur privé et de la société civile dans l’effort national de développement. Le cadre programmatique de la mobilisation des ressources domestiques s’articule ainsi autour de plusieurs axes structurants. Il s’agit notamment d’améliorer l’efficacité de l’administration fiscale, d’élargir l’assiette de l’impôt, de renforcer la transparence budgétaire et de promouvoir la bonne gouvernance financière. Ces actions contribuent à accroître la confiance des contribuables et des investisseurs dans les institutions publiques. Parallèlement, la stratégie vise à stimuler la mobilisation de l’épargne privée et à faciliter l’accès au financement pour les entreprises. Le développement des marchés financiers, l’amélioration de l’environnement des affaires et la promotion de l’innovation financière constituent à cet égard des leviers importants. Les technologies financières et les services financiers numériques ouvrent également de nouvelles perspectives pour élargir l’accès aux services financiers et mobiliser davantage de ressources internes.