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Constitutions africaines: Un débat sans détour sur l'avenir des lois fondamentales

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Les constitutions africaines au coeur d'un débat Les constitutions africaines au coeur d'un débat

Universitaires, hommes d’église, experts et responsables politiques ont ouvert un débat franc sur l’état et l’avenir des Constitutions africaines, jeudi 12 février dernier à l’Institut des artisans de justice et de paix Chant d’oiseau à Cotonou. Entre stabilité institutionnelle affichée et controverses récurrentes, une idée forte s’est imposée : « sanctuariser l’opposition » pour préserver l’essence même de la démocratie sur le continent.

Par   Isidore GOZO, le 18 févr. 2026 à 10h56 Durée 3 min.
#lois fondamentales

Les lois fondamentales africaines ont été au centre de toutes les attentions à l’Institut des artisans de justice et de paix Chant d’oiseau. Objet de passions, de soupçons et de révisions répétées, elles concentrent aujourd’hui les interrogations sur la solidité des systèmes politiques africains. Les échanges ont porté autant sur l’efficacité réelle des réformes engagées que sur les motivations qui les sous-tendent.

Le père Arnaud Eric Aguénounon, directeur de l’Institut, écrivain et analyste politique, à travers une analyse approfondie, a souligné que les Constitutions issues des années 1990 en Afrique portaient une « coloration candide ». Elles n’avaient pas anticipé certaines dérives : tentations de prolongation indéfinie du pouvoir, stratégies d’exclusion, crispations identitaires ou captation de l’appareil d’État par un seul camp. Si ces risques avaient été pleinement envisagés, soutient-il, la protection intangible de l’opposition aurait été inscrite au cœur même des textes.

De cette réflexion émerge un plaidoyer : sanctuariser l’opposition à tous les niveaux -parlementaire et communal - garantir un pluralisme réel lors des élections, assurer une représentation diversifiée au sein des bureaux des institutions législatives. Pour le père Aguénounon, il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais d’un enjeu de légitimité et de dignité institutionnelle.

Il pose également une question de fond : une institution de contre-pouvoir peut-elle s’engager politiquement sans compromettre sa crédibilité ? Peut-on revendiquer une expertise technique tout en adoptant une posture partisane ? La réponse, selon lui, dépend d’abord des femmes et des hommes qui incarnent ces institutions, car derrière la majesté des textes se trouvent toujours des acteurs, avec leurs convictions et leurs limites.

Nécessité d’une évaluation approfondie

Dans la même dynamique, Francis Lalèyè, expert en gouvernance politique et électorale, a indiqué que le problème ne réside ni dans le contenu des constitutions, ni dans leur gestion au fil du temps. La révision Constitutionnelle, autrefois exceptionnelle, tend à devenir routinière. La question essentielle n’est donc pas la possibilité juridique de modifier la Constitution, mais la justification réelle de chaque réforme.

Trop souvent, observe-t-il, les révisions interviennent sans évaluation approfondie du fonctionnement du texte. Elles relèvent davantage d’un réflexe politique - parfois opportuniste - que d’une nécessité institutionnelle mûrement réfléchie.

L’abbé Camille Sessou, docteur en théologie et aumônier des cadres et personnalités politiques, a pour sa part souligné la dimension éthique. La Constitution, affirme-t-il, n’est pas qu’un édifice juridique : elle constitue un bien commun national, un pacte fondateur garant de la cohésion sociale. Lorsqu’elle est modifiée sans que l’intérêt général n’apparaisse clairement, la confiance citoyenne se fragilise. Les controverses naissent précisément de ce décalage entre réforme proclamée et bénéfice collectif perçu.

Le professeur Messanh E. Ahlinvi, agrégé de sciences politiques, relève notamment les révisions opportunistes, dictées par des conjonctures immédiates. Un État, rappelle-t-il, peut poursuivre son développement sans nécessairement modifier sa Constitution. Assimiler réforme institutionnelle et progrès automatique relève d’un raccourci. Il attire également l’attention sur le rôle stratégique des institutions de contrôle constitutionnel, dont l’influence, parfois discrète mais décisive, façonne l’équilibre des pouvoirs.

Au terme des échanges, un consensus s’est dessiné : les Constitutions doivent évoluer, car les sociétés se transforment. Mais lorsque l’intérêt collectif d’une réforme n’est pas clairement perçu par le peuple, la stabilité annoncée se mue en controverse.

Au-delà de l’analyse juridique, le débat aura ainsi posé une question plus profonde : celle de la conscience politique et de la responsabilité démocratique sur le continent africain.