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Transport en commun à Cotonou: L’autre défi face à la métamorphose de la ville

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François Kadi François Kadi

Pendant que la ville de Cotonou et ses environs connaissent un développement rapide avec des infrastructures routières modernisées, la question des transports en commun reste un défi majeur. Ceci en attendant l'émergence de sociétés de transport en commun urbain performantes.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 02 avr. 2025 à 07h26 Durée 3 min.
#transports en commun

Depuis plusieurs décennies, les transports en commun au Bénin reposent essentiellement sur les « Tokpa-Tokpa», ces minibus et véhicules de fortune utilisés pour les déplacements intra-urbains. Bien que pratiques et accessibles à toutes les bourses, ces moyens de transport présentent de nombreuses limites. Les conditions de voyage sont souvent précaires, avec des véhicules vétustes, mal entretenus et surchargés. « Parfois, il est impossible de bouger dans un Tokpa-Tokpa du fait de la surcharge de passagers à bord. Quand il pleut, l'eau s'infiltre, et en saison sèche, c'est la poussière qui vous envahit », se plaint Angèle Sossou, commerçante au marché Dantokpa. En plus de l'inconfort, ces minibus fonctionnent de manière informelle, avec des horaires aléatoires et des arrêts intempestifs et désordonnés, ce qui aggrave la congestion routière. « Le matin, c'est la pagaille totale avec des arrêts n’importe où. Ce qui obstrue la circulation. Il nous faut parfois une heure pour faire un trajet de 20 minutes », détaille la commerçante. Les usagers doivent composer avec une offre de transport peu crédible, qui ne favorise pas la fluidité des déplacements. Les taxis-motos, plus connus sous le nom de « Zémidjan », constituent une alternative rapide mais ne sont pas sans risques. « Les zémidjan sont tout aussi pratiques mais se révèlent dangereux à cause des accidents dus à l’excès de vitesse et au non-respect du code de la route », témoigne Théophile Assogba, fonctionnaire en service à Cotonou. Ces derniers, bien qu'indispensables pour de nombreux usagers et contribuant fortement au transport des biens et des personnes, accentuent la congestion routière et exposent les passagers à des risques d'accidents, comme le témoigne ce citoyen. Face à ces limites, l'introduction de sociétés de transport urbain marquera une avancée significative. Ces compagnies mettent en circulation de grands bus capables de transporter un nombre important de passagers dans des conditions plus sécurisées et confortables.

Le transport en commun à Cotonou a connu une période plus structurée, marquée par l'existence de sociétés organisées. Dans les années 1980 et 1990, la compagnie Albatros s'imposait comme une référence. Ses bus desservaient les principales artères de Cotonou et certaines grandes villes du pays avec des horaires fixes et des arrêts bien définis, contrastant avec l'anarchie des taxis collectifs et des zémidjan qui dominaient déjà les rues de Cotonou à l’époque. « Albatros, c'était du sérieux. On savait à quelle heure le bus passait, il y avait des tickets et des contrôleurs», se souvient Vincent Dossou, fonctionnaire à la retraite. Malgré sa popularité, Albatros a fini par disparaître, victime de problèmes de gestion et de la montée du transport informel. Plus récemment, BenAfrique a tenté de combler le vide en introduisant des bus plus ou moins modernes, offrant du confort et une alternative crédible aux moyens de transport traditionnels. «C'était un bon début. Les bus étaient spacieux, propres et climatisés. On pouvait voyager tranquillement sans stress », raconte Mélanie Adjakpa, étudiante en gestion à l’époque à l’Université d’Abomey-Calavi. Mais là encore, l'initiative n'a pas résisté aux défis logistiques et économiques. La concurrence des taxis et des zémidjan, ainsi que certaines difficultés conjoncturelles ont contraint BenAfrique à cesser ses activités.

Héritage à reconstruire

Aujourd'hui, la nécessité d'un réseau de transport en commun organisé se fait de plus en plus pressante. Face à l'urbanisation croissante de Cotonou, l'État béninois multiplie les initiatives pour bâtir un réseau moderne et accessible à tous. Le Programme de politiques de transport en Afrique (Ssatp), lancé en 2019, permet d'établir des bases solides pour une politique de mobilité durable. Ce partenariat international vise à doter les villes africaines d'infrastructures et de services de transport adaptés aux exigences modernes. «Nous avons vu dans d'autres pays africains comment un bon réseau de transport public peut transformer la vie des citoyens. Si nous arrivons à structurer notre système avec des bus modernes et des trajets bien définis, cela changera complètement la dynamique de déplacement à Cotonou », estime l’urbaniste Rodrigue Avokan. Un tel réseau de transport offrirait plusieurs avantages. Il permettrait de réduire les embouteillages, un seul bus pouvant transporter l'équivalent de plusieurs dizaines de taxis ou de zémidjan, limitant ainsi le nombre de véhicules en circulation. Il améliorerait également l'accessibilité grâce à des parcours bien définis et des horaires fixes, facilitant ainsi les déplacements des travailleurs et des étudiants. « En matière de sécurité, les bus modernes offriraient des conditions de transport plus sûres, avec des chauffeurs mieux formés et des véhicules régulièrement entretenus », indique l’urbaniste. Il trouve aussi que l'impact écologique serait positif, car la diminution du nombre de petits véhicules et de motos en circulation contribuerait à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Cotonou dispose aujourd’hui de tous les atouts pour se doter d'un vrai transport public, comme dans les grandes villes. Il reste juste à délimiter les endroits d’arrêt de bus et les infrastructures y afférentes. Cela facilitera la vie et améliorera plus l'image du pays», indique Rodrigue Avokan. La transformation du transport en commun à Cotonou s'annonce donc comme une suite logique du développement urbain en cours. Le souhait cette fois-ci est que cela se fasse vite pour une modernisation complète en réponse aux attentes des citoyens.