La Nation Bénin...
À l’horizon 2060, le Bénin veut faire de l’éducation le moteur de son développement. Malgré des progrès notables en matière d’accès à l’école, les défis de qualité, d’équité et de financement imposent une réforme profonde afin de garantir à chaque enfant un apprentissage inclusif et performant.
Former aujourd’hui pour bâtir le Bénin de demain. Telle est l’ambition affichée par le pays à l’horizon 2060. Les autorités entendent faire du système éducatif le socle d’un développement durable, inclusif et compétitif. L’analyse stratégique menée sur le secteur de l’éducation, couvrant la période 2000-2024, dresse un état des lieux sans complaisance tout en identifiant des leviers concrets de transformation. Fondée sur une approche mixte combinant perceptions citoyennes, revue documentaire, monographies, études transversales, tendances structurelles et analyse Ffom (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces), cette réflexion de long terme positionne l’éducation comme la clé de voûte du capital humain et du progrès national.
Au cours des deux dernières décennies, le pays a enregistré des avancées notables. Les taux de scolarisation ont connu une hausse significative, traduisant un élargissement progressif de l’accès à l’école. Parallèlement, les infrastructures éducatives se sont améliorées, avec la construction de nouvelles salles de classe, d’établissements secondaires et de centres de formation professionnelle. Ces efforts ont permis de réduire la pression dans certaines localités et de rapprocher davantage l’école des communautés. Cependant, cette progression quantitative masque des défis structurels persistants. Le premier tient à la forte dépendance du système éducatif aux financements extérieurs. Une part importante du budget reste tributaire des partenaires techniques et financiers, exposant la planification à des incertitudes budgétaires et à des conditionnalités parfois contraignantes. Cette vulnérabilité complique la mise en œuvre de réformes ambitieuses et durables.
À cela s’ajoutent des barrières socioculturelles encore bien ancrées. Les inégalités de genre, les stigmatisations sociales, certaines pratiques traditionnelles défavorables à la scolarisation, ainsi que la faible intégration des langues nationales dans l’enseignement formel continuent de freiner l’inclusion. Dans plusieurs régions, les filles restent davantage exposées aux abandons précoces, tandis que certains enfants issus de milieux vulnérables peinent à maintenir un parcours scolaire régulier. Les disparités territoriales constituent un autre point noir. L’accès aux infrastructures modernes et aux technologies éducatives demeure très inégal entre zones urbaines et rurales. Dans certaines localités reculées, les écoles manquent encore de salles de classe adéquates, d’électricité ou de connexion internet. Cette fracture territoriale accentue les écarts de performance et compromet l’égalité des chances que prône la vision nationale. La question de la qualité de l’enseignement reste également préoccupante. Malgré les efforts entrepris, le déficit d’enseignants qualifiés persiste, notamment dans les matières scientifiques et techniques. La pédagogie demeure souvent magistrale, laissant peu de place à l’interactivité, à l’innovation ou à l’apprentissage pratique. Les ressources pédagogiques limitées affectent directement les acquis des élèves et, à terme, leur employabilité.
Feuille de route ambitieuse
Sur le plan économique, la pauvreté des ménages ruraux continue de peser lourdement sur la scolarisation. Même lorsque l’école est gratuite, les coûts indirects (uniformes, fournitures, transports ou restauration) constituent des obstacles majeurs. Ces contraintes expliquent en partie les ruptures de parcours, particulièrement au secondaire. Si le taux de redoublement a baissé ces dernières années, les abandons demeurent fréquents, avec des conséquences négatives sur l’insertion professionnelle des jeunes. Par ailleurs, l’explosion démographique scolaire exerce une pression constante sur le système. Chaque année, des milliers de nouveaux élèves arrivent dans des infrastructures parfois déjà saturées. Cette dynamique impose une planification rigoureuse, tant en matière de recrutement d’enseignants que d’adaptation des programmes aux compétences du XXI? siècle.
Face à ces défis, l’analyse Ffom met aussi en lumière des opportunités encourageantes. L’éducation figure parmi les priorités des agendas internationaux, notamment ceux portés par l’Organisation des Nations unies à travers les Objectifs de développement durable. La disponibilité des partenaires techniques et financiers, l’émergence des technologies numériques favorables à l’apprentissage en ligne et les perspectives de collaboration avec le secteur privé offrent des pistes prometteuses pour moderniser le système éducatif. La Vision 2060 trace ainsi une feuille de route ambitieuse. Elle appelle à garantir une éducation inclusive et équitable, fondée sur une meilleure répartition des infrastructures et des ressources humaines. Elle préconise le renforcement de la qualité pédagogique à travers la formation continue des enseignants, la réforme des curricula et l’instauration de mécanismes d’évaluation réguliers. La valorisation des filières techniques, scientifiques et professionnelles est également jugée essentielle pour rapprocher formation et emploi.
Le numérique apparaît comme un levier stratégique majeur. La démocratisation de l’accès aux contenus éducatifs, grâce aux plateformes en ligne, aux ressources ouvertes et aux outils technologiques, pourrait réduire les inégalités géographiques et améliorer les performances des apprenants. De même, le partenariat avec les entreprises et les communautés locales devrait permettre d’adapter davantage l’éducation aux réalités économiques et sociales du pays. Au-delà des réformes techniques, c’est une véritable transformation structurelle qui est attendue. L’éducation ne doit plus seulement être perçue comme un droit fondamental, mais comme un investissement stratégique pour la prospérité collective. En plaçant l’apprenant au centre et en misant sur l’équité, la qualité et l’innovation, le Bénin ambitionne de former une génération compétente, créative et engagée. À l’horizon 2060, la réussite de cette vision pourrait faire de l’éducation le principal moteur de l’égalité des chances, d’un capital humain compétitif et d’une citoyenneté active. L’objectif est de permettre à chaque enfant, quel que soit son lieu de naissance, d’accéder à un apprentissage de qualité et de contribuer pleinement au développement national.
Les autorités entendent faire du système éducatif le socle d’un développement durable, inclusif et compétitif