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Agro-industrie / Farine panifiable de manioc: Un marché de 10 000 tonnes en quête d’investisseurs

Economie

Avec une demande estimée à près de 10 000 tonnes par an et une production locale inférieure à 500 tonnes, la farine panifiable de manioc constitue une opportunité industrielle majeure encore largement inexploitée au Bénin, selon l’Observatoire du commerce, de l’industrie et des services (Ocis).

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 24 févr. 2026 à 07h17 Durée 3 min.
#agro-industrielles #Production locale

La demande intérieure de la Farine panifiable de manioc de haute qualité (Fpmhq) avoisine les 10 000 tonnes par an tandis que la production locale est évaluée à moins de 500 tonnes. Ces données publiées par l’Observatoire du Commerce, de l’Industrie et des Services (Ocis/Cci-Bénin) mettent en lumière un écart significatif entre le potentiel agricole national et la transformation industrielle.

Ce déficit contraint les industries locales à s’approvisionner sur les marchés voisins. Les principaux utilisateurs identifiés sont les boulangers locaux et les fabricants de pizza. La fiche de projet de l’Ocis (avril 2025) indique que ces industries seraient en mesure d’augmenter leur besoin si cette matière première était disponible sur place, ce qui permettrait de réduire les coûts liés à l’importation des intrants.

Dans un contexte marqué par l’augmentation des prix du blé sur le marché international et des taux de change peu favorables en Afrique de l’Ouest, la Fpmhq gagne progressivement du terrain comme matière première de substitution pour la boulangerie et la pâtisserie.

Une chaîne de valeur à structurer

Produite à partir de racines fraîches récoltées 10 à 12 mois après mise en terre et rapidement transformées, elle est décrite comme non fermentée, lisse, inodore, de couleur blanche ou crème, insipide et sans gluten, selon l’Ocis.

L’opportunité industrielle autour de ce produit repose sur une matière première abondante. D’après les données de la Direction de la Statistique agricole (Dsa/Maep) citées par l’Ocis, la production nationale de manioc a atteint 4 449 430 tonnes au terme de la campagne 2023-2024. Un pic a été enregistré en 2019-2020 avec 4 525 450 tonnes, après un niveau plus faible de 3 892 287 tonnes en 2016-2017.

La répartition géographique renforce la viabilité d’unités industrielles décentralisées. Pour la campagne 2023-2024, les départements du Sud fournissent 55,2 % de la production nationale, contre 29,3 % pour le Centre et 15,6 % pour le Nord. Le manioc constitue l’aliment de base de plus de 50 % de la population dans plusieurs pôles agricoles du Sud et du Centre, selon la fiche de projet.

Le document détaille les étapes techniques nécessaires à la production industrielle : triage, épluchage, lavage, râpage, pressage, émottage ou tamisage, séchage, mouture, emballage et stockage. Le respect strict de ces procédés est présenté comme indispensable pour atteindre les normes industrielles en matière d’amidon, d’humidité et de qualité marchande.

Saisir l’opportunité

L’Ocis souligne également les caractéristiques des équipements requis à savoir râpeuses motorisées, presses à deux vis, éplucheuses, trancheuses, séchoirs solaires à appoint thermique, moulins à marteaux, tamis vibrants, ainsi que l’existence de fournisseurs locaux et internationaux, dont le Centre d’étude, de conception et de recherche-réalisation en machinisme agricole (Cecrrema) et le Centre Songhaï.

Au-delà de la boulangerie, la Fpmhq est jugée « adéquate » pour la fabrication de plusieurs variétés de pâtisseries. Elle peut également servir de matière première dans d’autres industries, notamment les biscuiteries, les brasseries et certaines fabrications industrielles comme les tissus, les contreplaqués ou le papier.

L’écart entre une forte demande nationale et une offre locale encore marginale constitue un signal pour les investisseurs privés. La transformation industrielle de la farine panifiable de manioc apparaît ainsi comme un segment à fort potentiel, capable de générer davantage de valeur ajoutée locale, de réduire la dépendance aux importations et de renforcer l’écosystème agro-industriel béninois.