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Industrie béninoise: L'essor du « Made in Benin » à l'horizon 2028

Economie
A l’horizon 2030, l’ambition sectorielle est de produire localement, en quantité et en qualité A l’horizon 2030, l’ambition sectorielle est de produire localement, en quantité et en qualité

Faire de l’industrie un levier central de diversification économique et de réduction de la dépendance aux importations: telle est l’ambition affichée par le Bénin pour le triennal 2026-2028. Dans un contexte de croissance soutenue, cette période pourrait marquer un tournant majeur du passage d’une économie d’exportation de matières premières à une économie de transformation structurée.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 11 mars 2026 à 02h37 Durée 3 min.
#made in Benin

L’objectif global du ministère en charge de l’Industrie sur la période 2026-2028 est de « favoriser l’émergence des entreprises industrielles et le développement des entreprises commerciales valorisant les produits locaux, pour soutenir la diversification économique et la promotion du Made in Benin ».

A l’horizon 2030, l’ambition sectorielle est de produire localement, en quantité et en qualité, des biens manufacturés compétitifs, issus d’entreprises « à la pointe de la technologie », capables de renforcer la présence du Bénin sur les marchés régionaux et internationaux, souligne le Document de programmation pluriannuelle des dépenses (Dppd) 2026-2028 du ministère de l’Industrie et du Commerce.

Adossé à la Loi organique relative aux lois de finances (Lolf) et au cadre harmonisé de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), ce document traduit en termes budgétaires et opérationnels les priorités du secteur et s’inscrit dans une logique de performance et de planification triennale glissante.

Le programme « Industrie » du Dppd s’appuie sur le Plan stratégique de développement du secteur industriel (Psdsi) et la Politique nationale qualité. Au nombre des atouts identifiés, figurent la volonté politique affirmée, traduite dans le Programme d’action du gouvernement (Pag), l’abondance de ressources naturelles à fort potentiel de transformation locale (coton, anacarde, soja, karité, maïs, bois, calcaire), le développement de zones industrielles, notamment à Sèmè-Podji et à Glo-Djigbé et une amélioration progressive du climat des affaires et de la simplification administrative.

Défis et enjeux

Selon plusieurs analyses macroéconomiques, le secteur secondaire représente encore moins de 20 % du produit intérieur brut (Pib) du Bénin, contre une part majoritaire pour les services, ce qui souligne l’ampleur du défi industriel auquel le pays est confronté. Dans le même temps, l’économie béninoise demeure dynamique, avec une croissance estimée à 7,5 % en 2024 et en 2025, portée par l’ensemble des secteurs d’activité, selon les données de l’Institut national de la statistique et de la démographie (Instad).

Malgré ces perspectives favorables, plusieurs faiblesses structurelles persistent, notamment le coût élevé et la disponibilité encore insuffisante de l’énergie, l’accès limité au financement compétitif, la faible transformation locale des matières premières, le déficit de main-d’œuvre qualifiée, la concurrence accrue des produits importés et la vulnérabilité face aux chocs de la mondialisation.

Ces contraintes rappellent que la transformation structurelle ne peut reposer uniquement sur la construction d’infrastructures industrielles. Elle suppose la mise en place d’un véritable écosystème productif intégrant financement, formation, innovation et accès aux marchés.

Le Dppd identifie ainsi trois enjeux majeurs pour le triennal, à savoir : améliorer la disponibilité de produits agricoles transformés respectant les normes de qualité, accroître la productivité des entreprises de transformation agro-industrielle et renforcer la pénétration des produits « Made in Benin » sur les marchés national, régional et international.

Les perspectives opérationnelles reposent sur la modernisation des unités de transformation, l’investissement dans les équipements et la formation, la mise en place d’incitations fiscales et de mécanismes facilitant l’accès au financement, ainsi que sur une stratégie de promotion commerciale appuyée sur l’intégration régionale. Cette orientation est cohérente avec l’Objectif de développement durable (Odd) 9, relatif à l’industrialisation durable et à l’innovation.

Une industrialisation sous contrainte

Au-delà du document budgétaire, les perspectives du secteur dépendront également de plusieurs facteurs macroéconomiques déterminants. Il s’agit du coût de l’énergie, de la stabilité régionale, de l’accès aux marchés de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), ou encore de la compétitivité logistique du Port de Cotonou.

La capacité du Bénin à transformer localement le coton, l’anacarde ou le soja à grande échelle constitue un point d’orgue de la stratégie industrielle engagée. La réduction de la dépendance aux importations est identifiée comme un enjeu prioritaire. Cela suppose en effet une montée rapide en gamme des productions locales.

Dans cette dynamique, la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz) apparaît comme un joyau structurant pour la révolution. Dédiée notamment à la transformation du coton, de l’anacarde ou encore du bois, cette plateforme industrielle qui accueille plusieurs unités de productions destinées à l’exportation, contribue déjà à la création de milliers d’emplois industriels, selon les données de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie (Sipi-Bénin).

L’industrialisation n’est plus seulement un discours politique, mais un axe budgétaire prioritaire. Reste désormais à transformer cet effort en résultats tangibles : création d’emplois industriels formels, progression de la valeur ajoutée manufacturière dans le produit intérieur brut et augmentation des exportations de produits transformés.