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Politique économique au Bénin: Les subventions énergétiques profitent plus aux riches

Economie
Pour les chercheurs, la suppression des subventions semble économiquement justifiée Pour les chercheurs, la suppression des subventions semble économiquement justifiée

Les subventions énergétiques au Bénin bénéficient davantage aux ménages aisés qu'aux plus vulnérables. C’est la conclusion d’une étude menée sur l’efficacité desdites subventions offrant des éclairages sur leurs effets sur la pauvreté énergétique et monétaire, les inégalités et la soutenabilité fiscale.

 

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 27 févr. 2025 à 06h41 Durée 3 min.
#Politique économique

Les subventions énergétiques au Bénin profitent-elles réellement aux plus démunis ? C’est la question centrale à laquelle ont tenté de répondre Nassibou Bassongui et Albert N.

Honlonkou, chercheurs à l’Ecole nationale d’économie appliquée et de management (Eneam) de l’Université d’Abomey-Calavi. Leur étude, publiée dans la Revue d’analyse des politiques économiques et financières (Rapef, Vol. 7, Décembre 2024), est intitulée « Doit-on supprimer les subventions énergétiques au Bénin ? Evidence via la micro-simulation ».

S’appuyant sur une micro-simulation pour évaluer les effets de la suppression des subventions énergétiques sur la pauvreté et les inégalités, l’étude révèle un paradoxe : alors que les subventions sont censées protéger les plus pauvres, elles profitent en réalité aux ménages les plus riches. Bassongui et Honlonkou établissent que les subventions énergétiques ne sont pas favorables aux populations les plus pauvres, bénéficiant de manière disproportionnée aux segments les plus riches de la population. Les chercheurs concluent qu’elles sont inefficaces et inéquitables et ne répondent donc pas à leur objectif initial de lutte contre la précarité énergétique et monétaire.

Fardeau budgétaire croissant

L’étude examine les effets des subventions sur la pauvreté énergétique et monétaire, les inégalités et la soutenabilité fiscale, en s’appuyant sur des simulations basées sur les données de l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (Ehcvm) de 2019 et le théorème de variation équivalent. Elle souligne que le coût des subventions énergétiques pèse lourdement sur les finances publiques. En 2019, elles représentaient 0,13 % du Pib national, soit environ 8 milliards de francs Cfa. Une somme qui pourrait être réorientée vers des politiques sociales plus ciblées.

Pour les chercheurs, la suppression des subventions semble économiquement justifiée. Cependant, elle risque d’aggraver les conditions de vie des ménages les plus vulnérables, avertissent les chercheurs. Elle augmenterait la pauvreté énergétique et monétaire, notamment pour l’électricité et l’essence. En revanche, les effets seraient moins marqués pour le gaz domestique, car ce combustible est peu utilisé par les ménages les plus modestes. Une analyse régionale renforce cette conclusion, confirmant que les populations urbaines seraient davantage affectées que celles des zones rurales, où la dépendance aux sources d’énergie subventionnées est plus faible.

 

Une alternative 

Pour les chercheurs, un meilleur ciblage des aides énergétiques permettrait de redistribuer les ressources publiques de manière plus équitable, tout en soutenant une transition énergétique adaptée aux réalités béninoises. Ainsi, la suppression des subventions énergétiques au Bénin est une décision délicate, mais qui, si elle est bien accompagnée, pourrait contribuer à réduire les inégalités et améliorer la soutenabilité budgétaire du pays.

Forts de cela, Bassongui et Honlonkou préconisent une réforme couplée à un transfert monétaire universel pour atténuer les effets sociaux négatifs tout en allégeant la pression budgétaire et en compensant ainsi la hausse des prix de l’énergie. Les simulations des chercheurs montrent qu’un transfert mensuel de 143 F Cfa par ménage permettrait de neutraliser l’impact de la suppression des subventions, tout en allégeant la pression budgétaire sur l’Etat. Cette approche garantirait ainsi une transition plus équitable vers une politique énergétique durable et socialement acceptable.

Pour rappel, cette étude a valu aux auteurs le trophée du meilleur article aux quatrièmes Journées scientifiques de l’économie béninoise (Jseb) tenues en décembre 2023 à Cotonou.