La Nation Bénin...
Les
subventions énergétiques au Bénin bénéficient davantage aux ménages aisés
qu'aux plus vulnérables. C’est la conclusion d’une étude menée sur l’efficacité
desdites subventions offrant des éclairages sur leurs effets sur la pauvreté
énergétique et monétaire, les inégalités et la soutenabilité fiscale.
Les subventions énergétiques au Bénin profitent-elles réellement aux plus démunis ? C’est la question centrale à laquelle ont tenté de répondre Nassibou Bassongui et Albert N.
Honlonkou,
chercheurs à l’Ecole nationale d’économie appliquée et de management (Eneam) de
l’Université d’Abomey-Calavi. Leur étude, publiée dans la Revue d’analyse des
politiques économiques et financières (Rapef, Vol. 7, Décembre 2024), est
intitulée « Doit-on supprimer les subventions énergétiques au Bénin ? Evidence
via la micro-simulation ».
S’appuyant
sur une micro-simulation pour évaluer les effets de la suppression des
subventions énergétiques sur la pauvreté et les inégalités, l’étude révèle un
paradoxe : alors que les subventions sont censées protéger les plus pauvres,
elles profitent en réalité aux ménages les plus riches. Bassongui et Honlonkou
établissent que les subventions énergétiques ne sont pas favorables aux
populations les plus pauvres, bénéficiant de manière disproportionnée aux
segments les plus riches de la population. Les chercheurs concluent qu’elles
sont inefficaces et inéquitables et ne répondent donc pas à leur objectif
initial de lutte contre la précarité énergétique et monétaire.
Fardeau budgétaire croissant
L’étude
examine les effets des subventions sur la pauvreté énergétique et monétaire,
les inégalités et la soutenabilité fiscale, en s’appuyant sur des simulations
basées sur les données de l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des
ménages (Ehcvm) de 2019 et le théorème de variation équivalent. Elle souligne
que le coût des subventions énergétiques pèse lourdement sur les finances
publiques. En 2019, elles représentaient 0,13 % du Pib national, soit environ 8
milliards de francs Cfa. Une somme qui pourrait être réorientée vers des
politiques sociales plus ciblées.
Pour
les chercheurs, la suppression des subventions semble économiquement justifiée.
Cependant, elle risque d’aggraver les conditions de vie des ménages les plus
vulnérables, avertissent les chercheurs. Elle augmenterait la pauvreté
énergétique et monétaire, notamment pour l’électricité et l’essence. En revanche,
les effets seraient moins marqués pour le gaz domestique, car ce combustible
est peu utilisé par les ménages les plus modestes. Une analyse régionale
renforce cette conclusion, confirmant que les populations urbaines seraient
davantage affectées que celles des zones rurales, où la dépendance aux sources
d’énergie subventionnées est plus faible.
Une alternative
Pour
les chercheurs, un meilleur ciblage des aides énergétiques permettrait de
redistribuer les ressources publiques de manière plus équitable, tout en
soutenant une transition énergétique adaptée aux réalités béninoises. Ainsi, la
suppression des subventions énergétiques au Bénin est une décision délicate,
mais qui, si elle est bien accompagnée, pourrait contribuer à réduire les
inégalités et améliorer la soutenabilité budgétaire du pays.
Forts de cela, Bassongui et Honlonkou préconisent une réforme couplée à un transfert monétaire universel pour atténuer les effets sociaux négatifs tout en allégeant la pression budgétaire et en compensant ainsi la hausse des prix de l’énergie. Les simulations des chercheurs montrent qu’un transfert mensuel de 143 F Cfa par ménage permettrait de neutraliser l’impact de la suppression des subventions, tout en allégeant la pression budgétaire sur l’Etat. Cette approche garantirait ainsi une transition plus équitable vers une politique énergétique durable et socialement acceptable.
Pour rappel, cette étude a valu aux auteurs le trophée du meilleur article aux quatrièmes Journées scientifiques de l’économie béninoise (Jseb) tenues en décembre 2023 à Cotonou.