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Sukuk international et eurobonds classiques du Bénin: La portée d’une opération inédite

Economie
Le Bénin a enregistré ces dernières années des performances économiques et financières Le Bénin a enregistré ces dernières années des performances économiques et financières

Grâce à son opération financière inédite combinant sukuk international et eurobonds classiques, le Bénin a confirmé sa montée en puissance sur les marchés financiers mondiaux. Une performance saluée par des experts internationaux qui y voient l’illustration d’une stratégie maîtrisée, innovante et soutenable.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 05 févr. 2026 à 06h27 Durée 3 min.
#eurobonds classiques

Le Bénin vient d’offrir une démonstration évidente de sa crédibilité construite année après année sur les marchés financiers internationaux. Avec le lancement réussi de son premier sukuk international, couplé à une émission obligataire classique, le pays a franchi un cap stratégique dans son positionnement financier. Un bond qualitatif apprécié de par le monde par des experts internationaux. « Le Bénin a démontré sa capacité à innover et à diversifier ses sources de financement dans un environnement international devenu très sélectif », analyse Gabriel Gervais, spécialiste en économie internationale. L’opération, réalisée à Londres, associait une émission conforme aux principes de la finance islamique à la réouverture d’eurobonds existants, pour un montant global d’environ 850 millions d’euros. Mais au-delà du volume mobilisé, c’est surtout la sophistication du montage qui retient l’attention. « L’innovation majeure réside dans le couplage inédit d’un sukuk libellé en dollars avec un swap de devises simultané. C’est une première pour un souverain africain », souligne Gabriel Gervais. Cette ingénierie financière marque une rupture avec les pratiques classiques observées sur le continent. Là où certains États se contentent de lever des fonds, le Bénin a opéré un arbitrage stratégique. Gabriel Gervais informe que l'Afrique du Sud en 2014 s'était contentée de lever des fonds, mais que le Bénin a réalisé un arbitrage sophistiqué en captant l'abondante liquidité du Golfe tout en figeant un taux synthétique en euros de 4,92 %. « En procédant ainsi, le pays a neutralisé le risque de change lié au dollar », explique l’économiste. Une approche qui traduit, selon lui, une maturité technique rare sur les marchés émergents.

Pour le Dr Florent Adanhounmè, économiste et spécialiste des finances publiques et de la dette souveraine, cette opération va bien au-delà d’une performance ponctuelle. « Nous sommes face à une dette intelligemment structurée. Ce type de montage montre que le Bénin ne cherche plus seulement à se financer, mais à optimiser le coût et les risques de son endettement », estime-t-il. Selon lui, la qualité de la dette contractée est désormais aussi importante que son volume. Le succès de l’opération s’inscrit également dans un contexte de confiance renforcée. Quelques jours avant son aboutissement, l’agence Fitch Ratings relevait la perspective souveraine du Bénin à « Positive » (B+). « Ce relèvement a joué un rôle déterminant dans la perception du risque par les investisseurs », observe Gabriel Gervais qui précise que le relèvement est intervenu au moment où les marchés validaient la trajectoire budgétaire du pays.

Calibrage réussi

Cette reconnaissance repose sur des fondamentaux macroéconomiques jugés solides. Le déficit public est maintenu sous le seuil de 3 % du Pib, conformément aux critères de convergence de l’Uemoa, tandis que la dette publique s’établit autour de 50 % du Pib. « À ce niveau, la dette du Bénin reste soutenable, surtout compte tenu de sa structure », fait savoir le Dr Florent Adanhounmè. Il met en avant la prédominance des maturités longues et des taux fixes, qui protège le pays contre les chocs liés à la remontée des taux internationaux. Dans un environnement mondial marqué par le durcissement des conditions financières, cette structuration constitue un atout majeur. « Beaucoup de pays africains sont aujourd’hui sous pression parce que leur dette a été mal calibrée. Le Bénin, lui, anticipe et sécurise », poursuit l’économiste béninois. Une lecture partagée par Gabriel Gervais, qui voit dans cette stratégie un facteur clé de résilience macrofinancière. Les perspectives de croissance viennent conforter cette analyse. Fitch anticipe une croissance du Produit intérieur brut proche de 7,5 % en 2025, avec des projections solides pour 2026 et 2027. « L’essentiel sera de maintenir le lien entre endettement et investissement productif. La soutenabilité de la dette dépendra de la capacité à transformer ces ressources en croissance durable », prévient le Dr Florent Adanhounmè. En la matière, le Bénin est aujourd’hui un exemple. L’impact est visible à travers le cadre de vie et la création de richesse. L’économiste béninois salue le leadership du ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, dont la maîtrise technique et la vision ont permis de structurer une opération financière complexe, aujourd’hui saluée par les investisseurs internationaux.

Au final, cette opération financière consacre un changement de statut. Le Bénin est désormais perçu comme un acteur crédible parmi les marchés émergents. Une reconnaissance qui, selon le Dr Florent Adanhounmè, impose désormais une exigence accrue de rigueur, de transparence et de discipline budgétaire pour préserver cette confiance chèrement acquise.