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Assainissement: Glazoué face au casse-tête des déchets ménagers

Environnement
Christian Odoubourou, responsable de l’Hygiène et de l’Assainissement à la mairie de Glazoué Christian Odoubourou, responsable de l’Hygiène et de l’Assainissement à la mairie de Glazoué

Dans la commune de Glazoué, la gestion des déchets solides ménagers reste un défi majeur. Si la mairie et plusieurs organisations non gouvernementales locales ont mis en place des mécanismes de collecte et de pré-collecte, le manque de sites de traitement final et le faible pouvoir d’achat des habitants favorisent encore la prolifération des dépotoirs sauvages. Une situation qui inquiète autorités locales et populations.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 12 févr. 2026 à 08h53 Durée 3 min.
#déchets ménagers #Assainissement des villes

Dès les premières heures de la journée à Glazoué, l’une des six communes du département des Collines, les rues témoignent d’une ville confrontée à la question des déchets. Sachets plastiques, restes alimentaires, cartons et détritus végétaux s’amoncellent le long des voies. « On peut nettoyer devant sa maison tous les jours, mais si le voisin jette ses ordures ailleurs, tout revient », observe Amadou Sabi, soudeur d’une quarantaine d’années, installé dans l’arrondissement central.

Pour Mariam, vendeuse de divers produits près du grand marché, les conséquences sont bien réelles. « Les odeurs sont fortes, surtout quand il fait chaud. Les enfants jouent autour des dépotoirs, et ce n’est pas sain », déplore-t-elle, soulignant que la situation persiste malgré les actions engagées par la mairie.

A l’hôtel de ville, Christian Odoubourou, responsable de l’Hygiène et de l’Assainissement, détaille le dispositif mis en place. « Glazoué-centre a été subdivisé en zones gérées avec l’appui d’Ong. Nous intervenons à travers la pré-collecte, la collecte et la gestion intermédiaire. Mais l’étape du traitement final reste problématique », explique-t-il.

Les Ong assurent notamment la sensibilisation et l’organisation des abonnements. «Nous avons d’abord consulté les ménages pour mesurer leur adhésion. Aujourd’hui, dans ma zone, nous comptons 99 abonnés. La collecte se fait trois fois par semaine et l’abonnement varie entre 500 et 3 000 francs Cfa selon la quantité produite», précise Cyrille Tchibozo, responsable de l’Ong Solidarité pour la protection de l’environnement et le développement intégré.

Le principal obstacle demeure toutefois financier. « Le pouvoir d’achat reste limité et beaucoup de ménages ne peuvent pas s’abonner régulièrement», reconnaît Christian Odoubourou. En conséquence, les dépotoirs sauvages prolifèrent. La mairie en recense une trentaine et organise périodiquement leur enlèvement, sur fonds propres ou avec l’appui de partenaires.

Le marché central constitue un autre point sensible. Jadis, l’enlèvement des ordures était confié à une entreprise privée, tandis qu’un groupement de femmes assurait le balayage avant et après les jours d’affluence. Désormais, une agence spécialisée a repris la gestion et loué un espace de 500 mètres carrés pour le regroupement. « Après le tri, les déchets résiduels sont brûlés sur place », indique le responsable communal. Une pratique qui suscite des inquiétudes. « La fumée est très incommodante, surtout pour les enfants », confie Mariama Afouda, vendeuse de céréales.

La question du financement reste centrale. La mise en place d’un système intégré incluant un site de traitement final nécessiterait des investissements de plusieurs milliards de francs Cfa. « La commune ne peut y parvenir seule. Il faut mutualiser les efforts avec d’autres collectivités et partenaires », insiste Christian Odoubourou.

Solutions partielles mais nécessaires

La disponibilité d’un site de décharge finale demeure un casse-tête. Les réserves foncières initialement prévues ont été absorbées par l’urbanisation. La mairie doit désormais identifier un espace de 6 à 10 hectares. « Des réflexions sont en cours, mais cela demande d’importants moyens», confie le responsable de l’assainissement.

Une initiative intercommunale impliquant cinq autres communes a été envisagée. Le projet, estimé à plusieurs milliards de francs Cfa, prévoit le traitement et l’enfouissement des déchets. « Les sites ont été identifiés, mais le financement tarde à se concrétiser», admet-il. Même en cas de mobilisation des ressources, la coordination logistique représenterait un défi majeur.

Pour Cyrille Tchibozo, il faut réfléchir autrement. « Les déchets peuvent devenir une ressource. Les matières organiques servent à l’agriculture, les plastiques peuvent être recyclés. Une bonne organisation peut créer des emplois et améliorer le cadre de vie », affirme-t-il.

Certains habitants ont déjà amorcé cette dynamique. «Nous trions les sachets plastiques pour les revendre et utilisons les déchets organiques comme engrais », explique Moussa Alagbé qui s’adonne à cette activité à ses heures perdues. Ces initiatives, encore modestes, traduisent une prise de conscience progressive.

Parallèlement, la mairie procède régulièrement au curage des caniveaux afin de prévenir les inondations. « Même les caniveaux fermés finissent par être obstrués par des dépôts anarchiques. Ces opérations sont inscrites au budget communal », précise Christian Odoubourou.

Les habitants saluent ces efforts tout en pointant leurs limites. « On constate des actions, mais elles manquent de régularité. Si le service était plus accessible, davantage de ménages s’abonneraient », estime Aminata, résidente du quartier Issalou. Elle insiste également sur la nécessité d’intensifier la sensibilisation : « Les enfants apprennent les bons gestes à l’école, mais cela doit être renforcé à la maison. »

Un défi structurel

La mairie concentre son action sur la pré-collecte, la collecte et le transfert vers un site intermédiaire. « Cette étape est relativement maîtrisée, mais le traitement final reste à organiser. La décharge intermédiaire est presque saturée et a déjà été réhabilitée à plusieurs reprises », souligne le responsable communal.

Pour l’Ong locale, la professionnalisation du secteur constitue une piste prometteuse. Compostage, recyclage et valorisation des déchets pourraient structurer une véritable filière économique.

« Rien n’est totalement perdu si l’on met en place une chaîne de transformation adaptée », estime Cyrille Tchibozo.

Au marché central, la gestion quotidienne a permis une amélioration relative, même si l’incinération des résidus reste contestée. « Ce n’est pas la solution idéale, mais faute de site final, nous faisons avec les moyens disponibles », reconnaît Christian Odoubourou.

Les autorités locales rappellent que la problématique dépasse le cadre communal. « Chaque commune devrait développer son propre mécanisme de gestion. Toutefois, pour le traitement final, la mutualisation des ressources demeure indispensable », souligne-t-il.

Pour l’heure, l’action repose sur un ramassage régulier, l’élimination des dépotoirs sauvages et des campagnes de sensibilisation. « Nous avançons avec les moyens dont nous disposons », résume le responsable de l’assainissement.

Entre contraintes financières, pression démographique et nécessité de changement de comportement, la commune tente d’améliorer progressivement son cadre de vie. Les initiatives engagées montrent qu’une évolution est possible, à condition de renforcer la coordination, les investissements et l’implication des habitants.

Cependant, au-delà des initiatives locales, le soutien de l’Etat apparaît nécessaire. Dans un département majoritairement rural comme les Collines, où les ressources communales restent limitées, la gestion des déchets solides dépasse largement les capacités budgétaires des communes. La mise en place de centres de traitement, l’aménagement de décharges contrôlées ou encore l’acquisition d’équipements adaptés nécessitent des investissements lourds que les communes ne peuvent supporter seules. Un accompagnement plus soutenu de l’Etat, à travers des financements dédiés, un appui technique renforcé et l’extension des structures nationales spécialisées à l’intérieur du pays, permettraient de structurer durablement le secteur. Sans cet appui, les efforts locaux risquent de demeurer fragmentaires face à un problème qui relève d’un enjeu de santé publique et d’aménagement du territoire.