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En 2024, 492 tonnes de déchets solides ménagers ont été collectées dans les six communes du département du Mono. Un chiffre qui, à première vue, pourrait rassurer. Mais derrière cette donnée brute se cache une réalité bien plus complexe, faite d’efforts quotidiens, de fragilités financières, de défis techniques et d’un engagement humain souvent invisible. Enquête sur une chaîne de gestion des déchets qui tient encore debout, mais sous pression.
La gestion des déchets solides ménagers est une problématique transversale qui touche à la santé publique, à l’environnement, à l’urbanisme et à la gouvernance locale. Conscientes de cet enjeu, les communes du Mono ont, dès 2008, transféré cette compétence au Groupement intercommunal du Mono (Gi-Mono). L’objectif était clair: mutualiser les moyens, harmoniser les actions et construire une réponse collective à un problème qui dépasse les frontières communales.
Seize ans plus tard, le Gi-Mono est devenu l’acteur central de la gestion des déchets solides ménagers dans les six communes du département. En 2024, ce sont précisément 492 tonnes de déchets qui ont été collectées, grâce à 2 312 rotations effectuées par les tricycles de collecte. Derrière ces chiffres, une organisation complexe et une chaîne d’acteurs aux rôles bien définis.
« Dans l’opérationnalisation, Gi-Mono s’est surtout chargé de construire les points de regroupement », explique Jean Mendel, responsable de la gestion des déchets solides ménagers au sein du groupement intercommunal. Cette mission s’est renforcée avec l’avènement du projet de gestion communale des déchets solides ménagers, qui a permis de structurer davantage le dispositif.
Grâce à ce projet, plusieurs avancées notables ont été enregistrées. Outre les points de regroupement, trois centres de dépôt contrôlé ont été construits dans le département. Ces infrastructures constituent des maillons essentiels de la chaîne, censés assurer une meilleure maîtrise des impacts environnementaux des déchets collectés.
À l’origine, le projet prévoyait également la construction d’une décharge finale, destinée à accueillir les déchets ultimes après tri et traitement. Mais ce volet n’a jamais vu le jour. « Normalement, il était prévu une décharge finale, mais des circonstances imprévues ont empêché son avènement», confie Jean Mendel, sans entrer dans les détails.
Cette absence pèse lourdement sur le fonctionnement global du système. Faute de décharge finale opérationnelle, les centres de dépôt contrôlé doivent assurer un rôle pour lequel ils n’étaient pas entièrement dimensionnés. Le résultat : une gestion en équilibre précaire, dépendante des moyens disponibles et des arbitrages financiers des communes.
A la chaîne
Sur le terrain, la gestion des déchets solides ménagers fonctionne comme un véritable travail à la chaîne. Tout commence dans les concessions, là où les déchets sont produits quotidiennement.
La pré-collecte est assurée par des Organisations non gouvernementales (Ong) partenaires du Gi-Mono. Ces structures sillonnent les quartiers, maison par maison, pour récupérer les ordures ménagères. Les déchets sont ensuite acheminés vers les centres de regroupement, où ils sont transvasés dans des bacs à ordures.
« Les Ong de pré-collecte convoient les déchets des ménages aux centres de groupement et les versent dans les bacs à ordures. À notre tour, nous transportons ces bac vers les sites de dépôt contrôlé», résume Jean Mendel.
Arrivés sur ces sites, un autre travail commence. « Quand on arrive sur le centre de dépôt contrôlé, il y a des déchets qu’il faut trier. Certains déchets peuvent servir à fabriquer du biocharbon, par exemple», précise-t-il. Le reste des déchets, en principe, « devrait normalement être enfoui ».
Mais là encore, la réalité rattrape les principes. En fait, l’enfouissement contrôlé des déchets nécessite des moyens techniques et financiers considérables : engins lourds, personnel qualifié, maintenance des sites, suivi environnemental. Autant d’exigences que les communes peinent à satisfaire.
« La difficulté, c’est qu’il faut des moyens importants pour le fonctionnement du site d’enfouissement. Mais les mairies ne disposent pas encore des ressources nécessaires à mettre à la disposition de l’intercommunalité », reconnaît Jean Mendel.
Cette contrainte budgétaire limite les capacités d’action du Gi-Mono et fragilise l’ensemble du système. Elle explique aussi pourquoi certaines solutions restent à l’état de projet, faute de financement pérenne.
Zonage
Pour optimiser la pré-collecte, le Gi-Mono a mis en place un système de zonage. Chaque Ong partenaire se voit attribuer un périmètre précis, dans lequel elle intervient de manière régulière.
« Il arrive que certaines zones disposent de plus d’abonnés que d’autres, mais tout est fait pour qu’il y ait un équilibre », assure Jean Mendel. L’objectif est de garantir une couverture équitable du territoire, tout en assurant la viabilité économique des structures de pré-collecte.
Dans les faits, cet équilibre est difficile à atteindre. A Comè, par exemple, les collectes sont effectuées deux fois par semaine. « Nous ramassons les ordures deux fois par semaine dans notre zone », confirme Adan Coffi, agent de collecte.
Avant de commencer leur activité, les agents bénéficient de formations. « Avant le démarrage, nous recevons quelques formations sur la manière de faire le travail pour qu’il soit assez aisé », explique-t-il. Ces formations visent notamment à améliorer l’efficacité des opérations et à réduire les risques pour la santé des travailleurs.
Sur le terrain, une évolution est néanmoins visible. C’est l’introduction progressive des tricycles, en remplacement des traditionnels pousse-pousse. Cette modernisation s’inscrit dans une logique d’amélioration des conditions de travail et d’augmentation des volumes transportés.
Mais cette avancée reste relative. « Si les outils évoluent, la pénibilité du travail demeure», constate un agent. Les charges restent lourdes, les trajets souvent longs, et l’environnement parfois hostile, notamment dans les quartiers aux voies étroites ou dégradées.
A cela s’ajoute le problème récurrent de la nature même des déchets collectés. Sur le terrain, les agents dénoncent le mélange fréquent du sable aux ordures ménagères. Une pratique qui complique considérablement leur travail.
« Comme difficulté, il se fait que certains clients ramassent du sable avec les ordures. Ce qui complique la tâche », déplore Adan Coffi. Le sable alourdit les bacs, ralentit les opérations de collecte et use prématurément le matériel, notamment les tricycles.
Ce phénomène traduit un déficit de sensibilisation et de civisme environnemental. Il révèle aussi les limites d’un système qui repose encore largement sur la bonne volonté des ménages, sans toujours disposer des leviers nécessaires pour changer les comportements.
Abonnement
Sur le plan financier, le modèle de la pré-collecte repose en grande partie sur les abonnements des ménages, fixés entre 1 000 et 2 000 francs Cfa par maison et par mois. Un montant jugé relativement accessible, mais dont le paiement reste irrégulier.
« Malgré que l’abonnement soit entre 1000 F Cfa et 2000 F Cfa par maison et par mois, le paiement n’est pas régulier», souligne Jean Mendel. Cette irrégularité met en difficulté les Ong de pré-collecte, qui peinent à couvrir leurs charges de fonctionnement.
Pour éviter l’effondrement du système, un appui financier des mairies et du Gi-Mono est souvent nécessaire. Mais là encore, les ressources sont limitées.
« Il suffit de voir ce qui est investi par le gouvernement dans la Société de gestion des déchets et de la salubrité (Sgds) pour savoir que c’est une affaire de gros sous », insiste Jean Mendel, en référence à la structure chargée de la gestion des déchets et de la salubrité, qui opère dans le Grand Nokoué avec des moyens sans commune mesure.
Pour Mao Atikpo, président de l’Ong Gaepro, partenaire du Gi-Mono, la question des subventions est centrale. Sans un appui institutionnel fort, estime-t-il, le système ne peut pas tenir sur la durée.
Fort de son expérience passée dans la pré-collecte à Cotonou, avant l’avènement de la Sgds, il rappelle que des modèles plus structurés ont existé. Mais il se garde de toute amertume. « Il ne s’agit pas de noircir le tableau», confie-t-il, « mais de dire que sans accompagnement, les de terrain risquent de s’épuiser ».
À Comè comme dans les autres communes du Mono, la pré-collecte des déchets solides ménagers continue de fonctionner. Mais à quel prix ? Entre modernisation partielle, déficit de civisme et fragilité financière, le système repose largement sur l’endurance des agents de terrain.
« Nous faisons notre part », semblent dire Adan Coffi et ses collègues à travers leurs témoignages. « Seulement, nous ne pouvons pas tout porter seuls », font-ils comprendre.
La gestion des déchets solides ménagers dans le Mono apparaît ainsi comme un chantier inachevé. Des bases existent, des efforts sont consentis, des résultats sont visibles. Mais sans un renforcement des moyens financiers, techniques et humains, le risque est grand de voir ce fragile édifice s’effondrer.
Nécessaire soutien
La consolidation des acquis du Groupement intercommunal du Mono (Gi-Mono) dans la gestion des déchets solides ménagers apparaît aujourd’hui comme une priorité stratégique pour le développement durable du département. Grâce à une organisation progressive et à des efforts conjugués des communes membres, le Gi-Mono a déjà enregistré des résultats appréciables en matière de pré-collecte, de collecte et d’assainissement du cadre de vie, contribuant ainsi à l’amélioration de la salubrité publique et à la réduction des risques sanitaires pour les populations.
Toutefois, ces exploits demeurent fragiles sans un appui financier conséquent et durable du gouvernement central et des mairies du Mono. En effet, la gestion des déchets solides ménagers requiert des investissements lourds et continus, notamment pour l’acquisition et l’entretien des équipements, la modernisation des infrastructures de traitement, la formation du personnel et la sensibilisation des populations aux bonnes pratiques environnementales. Sans ressources suffisantes, les avancées réalisées risquent de régresser, au détriment de la santé publique et de l’attractivité des communes. Le soutien financier de l’État permettrait non seulement de sécuriser les actions du Gi-Mono, mais aussi de les inscrire dans une vision nationale cohérente de gestion durable des déchets et de protection de l’environnement.
Quant aux mairies, leur engagement budgétaire traduirait une prise de responsabilité locale et un choix politique fort en faveur du bien-être des administrés. En mutualisant leurs efforts financiers avec ceux du gouvernement, elles offriraient au Groupement intercommunal du Mono les moyens de consolider ses performances, d’innover dans les modes de traitement et de valorisation des déchets, et de créer des emplois verts au niveau local. Soutenir Gi-Mono, c’est ainsi investir dans la santé, l’environnement et le développement économique du Mono, tout en préparant les communes à relever durablement les défis urbains et environnementaux de demain.
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