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La mise en service d’une station intercommunale de traitement des boues de vidange dans le Mono transforme la gestion de l’assainissement dans le département. Portée par le Groupement intercommunal du Mono (Gi-Mono), cette infrastructure assure désormais un traitement local, écologique et rapide des déchets des fosses septiques, réduisant significativement les délais de vidange. Si le dispositif facilite l’accès au service et protège l’environnement, son adoption complète par les populations et sa consolidation à long terme restent des défis à relever.
Pendant de nombreuses années, les communes du Mono ont été confrontées à des difficultés structurelles dans la gestion des boues de vidange. Faute d’infrastructures adaptées, les opérations de vidange dépendaient essentiellement de prestataires basés à Cotonou, avec des délais particulièrement longs et des coûts souvent dissuasifs pour les ménages. Cette situation exposait les populations à des risques sanitaires et environnementaux, tout en limitant l’efficacité des politiques locales d’assainissement.
Depuis mars 2025, cette réalité connaît une évolution notable avec la mise en service d’une station intercommunale construite en 2024 par le Groupement intercommunal du Mono, dans le cadre du projet Gestion intercommunale des boues de vidange (Gibou). L’infrastructure constitue un outil commun aux collectivités du département et traduit leur volonté de mutualiser les moyens pour améliorer durablement les services d’assainissement.
« La station a été construite l'année passée. Nous avons commencé le traitement des boues de vidange en mars 2025 par Gi-Mono qui l’a réalisée grâce au projet Gibou», explique Gilbert Noukpo, agent de la station.
Cette réalisation répond à un besoin concret dans un contexte caractérisé par la croissance démographique et l’urbanisation progressive des communes du département, qui accentuent la pression sur les infrastructures d’assainissement.
En fait, la gestion des boues de vidange constitue un maillon indispensable de la chaîne d’assainissement, notamment dans les zones où la majorité des ménages utilisent des fosses septiques ou des latrines individuelles. Lorsque ces ouvrages ne sont pas vidangés régulièrement, ils peuvent déborder ou laisser s’infiltrer des matières polluantes dans le sol, exposant les populations à des risques sanitaires importants. Les boues contiennent en effet des agents pathogènes responsables de maladies telles que le choléra, la typhoïde ou les infections diarrhéiques, qui demeurent des causes fréquentes de consultations dans les centres de santé.
Le traitement contrôlé de ces déchets permet également de protéger les ressources en eau. Lorsqu’elles sont déversées sans précaution dans la nature ou dans les bas-fonds, les boues peuvent contaminer les nappes phréatiques utilisées pour la consommation domestique. La mise en place d’une station de traitement contribue ainsi à préserver l’environnement et à sécuriser l’approvisionnement en eau potable.
Au-delà de ses impacts sanitaires et environnementaux, la gestion organisée des boues de vidange favorise la structuration d’un service local d’assainissement et la création d’emplois. Elle participe à l’amélioration du cadre de vie des populations et renforce les capacités des collectivités territoriales à assurer leurs missions. A terme, les boues traitées peuvent être valorisées, notamment sous forme de compost, contribuant ainsi à une approche durable et intégrée de la gestion des déchets.
Une première !
La station du Gi-Mono repose sur un système écologique de filtration utilisant des lits plantés et des matériaux filtrants. «Si les boues arrivent, nous les mettons dans le lit où on a fait des dalles. On a posé trois couches de gravier. Et après, on a mis du sable puis fait des pentes. Ce sont des lits plantés. Si on dépose les boues dans le lit, elles s'infiltrent à travers les trois couches. L'infiltration continue jusqu'à la zone d'infiltration », détaille l’expert Gilbert Noukpo.
Le processus se poursuit ensuite vers un dispositif d’infiltration plus large. « Arrivé au niveau de la zone d'infiltration, le liquide traverse trois lagunes. L'eau qui s'infiltre au niveau des lits passe dans une tuyauterie jusqu'à la zone d'infiltration. Elle passe dans trois lagunes avant d'arriver au niveau de l'infiltration. Au niveau de l'infiltration, il y a aussi un autre système qui est bien construit pour permettre l'infiltration de l'eau. De l'eau qui est déjà à peu près traitée à 99 % », fait-il comprendre, laissant ainsi toucher du doigt la complexité du processus qui reste une innovation dans la région.
Ensuite, une zone boisée contribue à la phase finale du traitement. « Il y a une sorte de petite forêt dans la zone d'infiltration. C'est là que l'eau s'infiltre. Les racines de ces points facilitent l'infiltration de l'eau », ajoute Gilbert Noukpo.
S’agissant de l’installation, elle s’est faite de manière progressive afin de garantir l’efficacité du système. « On a commencé d'abord la montée en charge. Les plantes on les habitue progressivement à s'adapter aux boues. Au début, on a commencé par un mètre cube. Mais actuellement, on est à deux camions pour les cinq lits. Avec deux camions, on alimente les cinq lits. Juste deux mois après, il y a eu une situation et on a repris l'implantation des lits», souligne-t-il.
Délai réduit
Avant la construction de la station, la vidange des fosses constituait un véritable calvaire pour les ménages. Les demandes devaient être adressées aux services municipaux, qui dépendaient eux-mêmes de prestataires extérieurs. « Pour faire la vidange des fosses, il fallait aller à la mairie, faire la demande et payer parce qu'il n'y a pas de camion à la mairie. Et vous attendez une programmation qui peut faire cinq mois. En plus, le véhicule va quitter Cotonou et venir faire le travail », explique l’agent de Gi-Mono.
Actuellement, la mise en service de la station a permis de réduire significativement ces délais. La satisfaction des clients est désormais effectue en deux semaines.
Malgré ces avancées, l’adhésion des populations reste progressive. A Lokossa, Simon Kpatchavi reconnaît les bénéfices du dispositif. « C’est une bonne chose. On sait que cela protège l’environnement. » Mais il observe également que « beaucoup attendent toujours le dernier moment avant de faire la demande ».
A Comé, Liliane Avognon, commerçante, évoque les contraintes financières. « Le coût peut freiner certaines familles », estime-t-elle.
Ces témoignages traduisent l’importance de la sensibilisation et de l’accompagnement des populations dans l’appropriation du service. Le passage d’un système informel à un dispositif structuré implique un changement de comportements et une meilleure compréhension des enjeux sanitaires.
La pérennité de l’infrastructure dépendra également du renforcement de ses capacités et de l’appui des pouvoirs publics. L’extension des installations, la formation des opérateurs et la mise en œuvre de campagnes d’information pourraient contribuer à consolider les acquis.
En mutualisant leurs moyens, les communes du Mono ont posé les bases d’un système intercommunal d’assainissement adapté à leurs réalités. La station constitue une avancée significative dans l’amélioration des services de base et la protection de l’environnement.
Dans le département, cette initiative ouvre la voie à une gestion plus autonome et plus durable des boues de vidange. Son succès dépendra désormais de la capacité des acteurs institutionnels et des populations à s’approprier pleinement cet outil au service de la santé publique et du développement local.
Vue globale du dispositif de gestion des boues de vidange