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Droits de l'homme: Les regards tournés vers Genève

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La 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se tiendra dans un climat chargé La 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se tiendra dans un climat chargé

Dans la Salle des Assemblées du Palais des Nations, à Genève (Suisse), la diplomatie des droits humains s’apprête à reprendre ses quartiers d’hiver. Du 23 février au 31 mars, la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (Cdh) se tiendra dans un climat chargé, où les crises géopolitiques et la tourmente budgétaire des Nations Unies menacent l’autorité même du système multilatéral.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 23 févr. 2026 à 00h57 Durée 3 min.
#Diplomatie #droits de l’homme #Genève

La session s’ouvrira lundi 23 février, sous la présidence de l’ambassadeur indonésien, Sidharto Reza Suryodipuro. Autour de lui, les figures centrales de l’Onu prendront la parole : le secrétaire général, António Guterres, la présidente de l’Assemblée générale, l'Allemande Annalena Baerbock, le haut-commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, et le chef de la diplomatie suisse, Ignazio Cassis.

Dès les trois premiers jours, plus d’une centaine de délégations défileront à la tribune pour un segment de haut niveau qui promet d’exposer, sans fard, les fractures d’un ordre international sous pression. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, la catastrophe humanitaire à Gaza, les tensions en Afghanistan ou au Soudan, mais aussi l’attaque militaire américaine contre le Venezuela en janvier, nourriront des échanges déjà polarisés.

Soudan, Afghanistan et Proche-Orient au centre des débats

Sur le fond, le Conseil examinera plus de 80 rapports portant sur près de quarante pays et tiendra vingt dialogues interactifs avec les titulaires de mandats des procédures spéciales. Le 26 février, le Soudan fera l’objet d’un examen approfondi: le Haut-Commissaire, assisté de son expert désigné, présentera un rapport sur les violations commises par toutes les parties au conflit, tandis que la mission internationale indépendante d’établissement des faits livrera ses conclusions sur les exactions présumées à El-Fasher et dans ses environs.

Le lendemain, la Commission sur les droits de l’homme au Soudan du Sud rendra compte de ses travaux. En amont de la session, plusieurs Ong ont exhorté les États membres à renouveler son mandat et à affirmer clairement la disposition du Conseil à réagir à toute nouvelle détérioration de la situation, y compris au regard des risques d’atrocités criminelles.

L’Afghanistan sera également scruté de près. Deux rapports porteront respectivement sur les droits des femmes et des filles, sévèrement restreints depuis le retour des talibans, et sur les perspectives de justice pour les victimes. Une mise à jour est attendue concernant le mécanisme d’enquête indépendant chargé de collecter les preuves des crimes internationaux les plus graves.

Au Proche-Orient, le 26 février, un rapport du Haut-Commissaire traitera de la situation dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et des exigences de responsabilité. Le 23 mars, le Conseil dialoguera avec la rapporteuse spéciale Francesca Albanese. Le lendemain, il examinera des rapports sur le Golan syrien occupé et sur les colonies israéliennes, avant le débat général consacré au « point 7 », traditionnellement explosif.

En marge de la session, les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, font grincer des dents. Des appels à la démission visant Mme Albanese, soutenus notamment par ses homologues allemand et tchèque, suscitent des critiques feutrées mais vives. Sous couvert d’anonymat, des diplomates dénoncent une atteinte à l’indépendance des rapporteurs spéciaux et redoutent un précédent dangereux.

Ukraine, Iran, Venezuela : la géopolitique à l’épreuve des principes

Le 12 mars, la Commission d’enquête sur l’Ukraine présentera ses conclusions, le même jour que le Groupe d’expertes indépendantes sur le Bélarus et la mission sur le Venezuela. Le 16 mars, un dialogue conjoint réunira la rapporteuse spéciale sur l’Iran et la mission d’établissement des faits sur ce pays.

La République arabe syrienne, la République populaire démocratique de Corée et le Nicaragua figureront également à l’agenda du 13 et du 16 mars. Autant de dossiers où la dénonciation des violations se heurte à des logiques d’alliances et de blocs.

Thématiques transversales et Examen périodique universel

Au-delà des crises aiguës, le Conseil abordera un large éventail de thématiques : torture, liberté de religion, défenseurs des droits humains, droits culturels, logement, droit à l’alimentation, environnement, lutte antiterroriste, vie privée. Une réunion sera consacrée aux technologies numériques émergentes dans la prévention des mutilations génitales féminines.

Le 6 mars, le débat annuel sur les droits des personnes handicapées portera sur les infrastructures inclusives. Les 9 et 10 mars, la journée annuelle consacrée aux droits de l’enfant s’intéressera aux violations commises dans les conflits armés.

Du 18 au 23 mars, treize pays, dont le Libéria, la Libye et le Malawi, verront leurs rapports examinés dans le cadre de l’Examen périodique universel (Epu), mécanisme censé garantir une évaluation égalitaire de tous les États.

L'Onu au bord de l’asphyxie financière

Cette session intervient alors que l’Onu traverse une crise budgétaire sans précédent. António Guterres a récemment averti d’un «effondrement financier imminent»: seuls 61 États membres ont, à ce stade, acquitté leur contribution au budget ordinaire pour 2026. Les États-Unis représenteraient à eux seuls 95 % d’un déficit de 1,6 milliard de dollars pour l’exercice 2025.

Faute de paiements intégralement et ponctuellement honorés, le système onusien se retrouve paralysé, au moment même où les crises se multiplient. Paradoxe supplémentaire : les règles financières actuelles pourraient conduire l’Organisation à restituer plus de 400 millions de dollars de crédits non dépensés aux États membres en 2027.

Les trois derniers jours de la session seront consacrés à l’adoption de résolutions et décisions. Au-delà des textes, c’est la crédibilité même du système international des droits humains qui se joue, dans un contexte où les principes proclamés à Genève peinent de plus en plus à s’imposer sur les champs de bataille.

Créé en 2006 pour succéder à l’ancienne Commission des droits de l’homme, le Conseil est composé de 47 États dont, cette année, l'Afrique du Sud, l'Angola, le Bénin, le Burundi, la Côte d’Ivoire, l'Éthiopie, la Gambie, le Ghana, le Kenya, le Malawi, et la République démocratique du Congo. L'organe souhaitait incarner un multilatéralisme rénové. Vingt ans plus tard, le Conseil doit affronter un monde fragmenté, où l’application sélective du droit international et l’impunité des puissances érodent la confiance dans les institutions.

Catherine Fiankan-Bokonga