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Représentation des femmes dans les parlements nationaux: Une hausse mondiale, mais au ralenti

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Forum of women parliament Forum of women parliament

La représentation des femmes dans les parlements nationaux continue d’augmenter, mais à un rythme de plus en plus lent. Selon le rapport annuel de l’Union interparlementaire (Uip), les femmes occupaient au 1ᵉʳ janvier 27,5 % des sièges parlementaires dans le monde, contre 27,2 % un an plus tôt. Cette légère hausse, comparable à celle enregistrée en 2024, constitue la progression la plus faible pour la deuxième année consécutive depuis 2017.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 10 mars 2026 à 11h40 Durée 3 min.
#Parlement #droits des femmes

Intitulé Les femmes au parlement en 2025, le rapport annuel de l'Uip s’appuie sur les données recueillies auprès de 49 pays ayant procédé en 2025 à des renouvellements parlementaires concernant 62 chambres. L’organisation, qui regroupe aujourd’hui 183 parlements nationaux, y voit le signe d’un ralentissement de la dynamique engagée ces dernières décennies vers une plus grande égalité entre femmes et hommes dans la représentation politique.

Alors que la proportion de femmes parlementaires progresse à peine, leur présence aux plus hautes fonctions parlementaires recule nettement. La part de femmes présidentes de parlement est tombée à 19,9 % en 2026, contre 23,7 % un an plus tôt. Sur les 75 nouveaux présidents de chambre élus ou nommés en 2025, seules 12 sont des femmes, soit 16 %. Cette évolution souligne la persistance d’un « plafond de verre» dans l’accès des femmes aux postes de direction au sein des assemblées législatives.

Les Amériques en tête, évolutions contrastées en Afrique subsaharienne

Les Amériques demeurent la région la plus avancée en matière de représentation féminine. Dans les 20 chambres de 13 pays renouvelées en 2025, les femmes ont obtenu 36,1 % des sièges. À l’échelle de la région, elles représentent désormais 35,6 % de l’ensemble des parlementaires. La région compte également quatre des sept pays du monde ayant atteint,  voire dépassé la parité dans leur chambre basse ou leur parlement monocaméral : la Bolivie rejoint Cuba, le Nicaragua et le Mexique. Les trois autres pays ayant atteint ce niveau sont le Rwanda, Andorre et les Émirats arabes unis. Parmi les États ayant organisé des élections en 2025, le Kirghizistan a enregistré la progression la plus spectaculaire, avec une hausse de 12,9 points de la représentation féminine. Saint-Vincent - et - les - Grenadines (+12,3 %) et la chambre haute de Sainte-Lucie (+9,1 %) suivent derrière.

En Afrique subsaharienne, la part des femmes parlementaires atteint 27,1 % au 1ᵉʳ janvier 2026, légèrement en dessous de la moyenne mondiale. Les renouvellements parlementaires intervenus en 2025 dans 11 pays de la région, concernant 13 chambres, ont conduit à une représentation féminine de 26,5 %. La situation varie toutefois selon les pays. Le Burundi a enregistré les progrès les plus marqués de la région : les femmes représentent désormais 39,6 % des membres de l’Assemblée nationale et 46,2 % des sénateurs, notamment grâce à un système de quotas garantissant un minimum de 30 % de sièges féminins. En Namibie, la chambre haute a connu une légère amélioration après plusieurs scrutins marqués par un recul. Sept femmes siègent désormais au Conseil national, soit 16,7 % des membres.

Des régions toujours à la traîne

A l’autre extrémité du classement, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord restent la région la moins représentée, avec seulement 16,2 % de femmes parlementaires en moyenne. Dans certains pays, leur présence demeure marginale. En Algérie, par exemple, les femmes sont restées une très petite minorité au Conseil de la nation, la chambre haute élue indirectement. Lors du renouvellement partiel de 2025 portant sur 58 sièges, aucune femme n’a été élue. Une seule a été nommée par le président de la République, portant à quatre le nombre total de femmes dans cette assemblée, soit seulement 2,5 % de ses membres, une proportion encore inférieure à celle issue du scrutin précédent (4,3 %) et parmi les plus faibles au monde pour une chambre haute. L’Égypte a également enregistré un léger recul. Au Sénat, élu selon un système mixte combinant scrutin de liste, vote majoritaire et nominations présidentielles, la part des femmes atteint désormais 10,7 %, soit 2,7 points de moins qu’après l’élection précédente. A la Chambre des représentants, leur proportion a légèrement diminué, passant de 27,3 % à 26,8 %. Malgré ce recul, la représentation féminine reste au-dessus du quota légal de 25 % instauré en 2020, qui avait entraîné une hausse significative de la présence des femmes au Parlement.

Trois pays, notamment Oman, Tuvalu et le Yémen ne comptent toujours aucune femme dans leur chambre basse ou leur parlement monocaméral.

Les quotas et les systèmes électoraux jouent un rôle déterminant

L’analyse de l’Uip confirme le rôle central des mécanismes institutionnels dans l’accès des femmes aux fonctions parlementaires. En 2025, les chambres disposant d’un système de quotas inscrit dans la loi ou appliqué volontairement par les partis comptaient en moyenne 30,9 % de femmes, contre 23,3 % dans celles qui n’en disposent pas. Le type de système électoral joue également un rôle important. Les assemblées élues selon un mode de scrutin proportionnel ou un système mixte ont compté en moyenne 31,1 % de femmes en 2025, contre 25,5 % dans celles élues au scrutin majoritaire ou pluralitaire. Dans les chambres dont les membres sont partiellement ou totalement nommés, la proportion de femmes atteignait 30,1 %.

Malgré ce ralentissement global, plusieurs pays ont atteint des niveaux historiques. En Australie, les élections de 2025 ont porté 69 femmes au Parlement, soit 46 % des sièges. La Tchéquie a également enregistré un résultat inédit : 67 femmes siègent désormais à la chambre basse sur 200 membres, contre 50 lors de la législature précédente. En Équateur, la part des femmes à l’Assemblée nationale a atteint 45 %, un record pour le pays. L’année 2025 a aussi marqué un tournant politique au Japon : pour la première fois, le pays est dirigé par une femme Première ministre et, à la suite des élections de juillet, la représentation féminine à la chambre haute a atteint un niveau inédit de 29,4 %.

Un obstacle persistant : les violences envers les femmes politiques

Au-delà des facteurs institutionnels, la participation politique des femmes reste entravée par des formes persistantes de harcèlement et d’intimidation. Selon une étude de l’Uip menée dans la région Asie-Pacifique, 76 % des femmes parlementaires interrogées déclarent avoir subi des violences psychologiques.

Un rapport publié en 2026 souligne également que les femmes parlementaires sont plus souvent la cible d’hostilité publique  en ligne comme hors ligne que leurs homologues masculins. Cette situation peut dissuader certaines de se présenter aux élections et constitue un obstacle supplémentaire à une représentation plus équilibrée. Face à ces défis, plusieurs pays ont commencé à adopter des mesures spécifiques pour prévenir et sanctionner ces violences.

Fondée en 1889, l’Union interparlementaire est l’organisation mondiale des parlements nationaux. Elle œuvre à renforcer la coopération entre les assemblées, à promouvoir la démocratie et à soutenir les efforts visant à rapprocher les institutions parlementaires de la parité entre femmes et hommes.