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Coopération bilatérale: Pour un renforcement stratégique des relations bénino-allemandes

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Le ministre allemand des Affaires étrangères (à gauche) échangeant  avec son homologue kényan Le ministre allemand des Affaires étrangères (à gauche) échangeant avec son homologue kényan

« Dans un monde en mutation rapide, il est plus important que jamais pour l’Allemagne de renforcer ses relations avec des partenaires clés à l’échelle mondiale. À cet égard, l’Allemagne a une offre particulièrement attractive à proposer aux pays de notre continent voisin, l’Afrique. Notre pays incarne la coopération internationale, l’ouverture économique et la fiabilité politique », a publié Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères le 20 janvier 2026, peu avant son départ pour le Kenya et l’Éthiopie.

Par   Dr Hanza Diman, le 23 janv. 2026 à 06h33 Durée 3 min.
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Si la tournée est-africaine du ministre allemand des Affaires étrangères, la première depuis sa nomination à ce poste, met en lumière l’intérêt stratégique de Berlin pour des partenaires perçus comme des «piliers de stabilité », elle invite également à une réflexion plus large sur les pays d’Afrique de l’Ouest susceptibles de répondre à ces critères. A cet égard, le Bénin, qui remplit notamment les critères d’«ouverture économique» et de « fiabilité politique», apparaît comme un partenaire encore insuffisamment investi dans la relation bilatérale avec l’Allemagne, malgré des atouts désormais difficiles à ignorer. Parmi ceux-ci figure l’orientation diplomatique claire du gouvernement actuel, résolument tournée vers une diplomatie économique dont la cohérence et la lisibilité offrent un cadre propice à une intensification des relations bilatérales avec l’Allemagne et adressent un message rassurant aux investisseurs, en particulier au Mittelstand (petites et moyennes entreprises) et aux grandes entreprises allemandes, traditionnellement sensibles à la prévisibilité des politiques publiques, à la continuité de l’action de l’État et à la fiabilité institutionnelle.

En effet, la résilience du Bénin face à la tentative de déstabilisation du 7 décembre 2025 constitue un signal fort. L’échec de ce projet de putsch, ainsi que l’unanimité populaire de sa condamnation, ont mis en évidence la solidité des institutions béninoises et l’efficacité des dispositifs de sécurité, confirmant la pertinence des réformes engagées ces dernières années. Dans un environnement régional marqué par les ruptures politiques et institutionnelles, la stabilité et l’efficacité dans la gouvernance confèrent au Bénin un avantage comparatif indéniable. À cette stabilité politique s’ajoute une attractivité économique en nette progression. Les indicateurs relatifs aux investissements directs étrangers, l’amélioration du climat des affaires, la digitalisation de l’administration publique et la mise en œuvre de projets d’infrastructures structurants témoignent d’un pays disposé à se transformer socialement et économiquement. Autant de facteurs qui mériteraient d’être davantage portés à la connaissance des milieux économiques allemands. Pour une économie allemande en quête de nouveaux relais de croissance et de diversification géographique, le Bénin offre un terrain d’opportunités encore sous-exploité. Selon Jakob Frank, conseiller stratégique chez Africa Ventures Advisory GmbH, basé en Allemagne, une plateforme de conseil et de mise en relation pour les entreprises souhaitant s’implanter ou se développer en Afrique, « l’entrée sur un nouveau marché dépend, pour les entreprises allemandes, de plusieurs facteurs parmi lesquels figurent en premier lieu la simplicité, la rapidité et la transparence des procédures bureaucratiques  notamment lors de l’importation de machines. S’y ajoutent l’importance de partenaires et de débouchés fiables, une capacité de paiement suffisante ainsi que l’existence de relations commerciales établies avec les États voisins. Certaines entreprises se disent en outre disposées à former du personnel local afin d’utiliser et d’entretenir les produits conformément aux standards industriels, » autant de critères auxquels répondent efficacement les procédures administratives actuellement opérationnelles au Bénin.

Dans le cadre du renforcement des liens et du rapprochement entre les deux pays, le Bénin pourrait en outre s’appuyer sur des relais déjà existants, notamment les divers réseaux de sa diaspora en Allemagne. Le Bénin peut compter non seulement sur des structures organisées de sa diaspora en Allemagne, telles que la section Allemagne du Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur (Hcbe-Sa) ou l’Association des Béninois de Berlin et du Brandebourg (ABeBB), mais aussi sur ses fils et filles qui, sans être engagés dans des regroupements associatifs, disposent de réseaux personnels susceptibles de faciliter des rapprochements plus étroits entre les deux pays. De même, ces organisations, tout comme les fils et filles du Bénin vivant en Allemagne, disposent d’une connaissance fine des réalités béninoises et du contexte économique, institutionnel et culturel allemand. En d’autres termes, ces fils et filles du Bénin constituent des acteurs légitimes et opérationnels pour contribuer à la définition de cadres d’échange, de mise en relation et de promotion des opportunités économiques, culturelles et formatives entre les deux pays.

La question linguistique, souvent perçue comme un frein, pourrait également devenir un levier stratégique. Le Bénin demeure peu connu en Allemagne comme destination touristique, notamment en raison de la barrière de la langue française, qui peut constituer un obstacle pour une partie du public allemand. Pourtant, l’allemand occupe une place non négligeable dans le système scolaire et universitaire béninois. Chaque année, des milliers de jeunes y acquièrent des compétences linguistiques qui demeurent encore insuffisamment valorisées. Le rédacteur de ces lignes est lui-même un produit de cet apprentissage précoce de l’allemand, pays dans lequel il a étudié et enseigne, illustrant ainsi le potentiel existant pour former des profils capables de servir de passerelles linguistiques, culturelles et économiques entre le Bénin et l’Allemagne. Une stratégie ciblée de formation et de reconversion vers les métiers du tourisme, orientée vers le marché germanophone, permettrait de lever cet obstacle tout en créant des emplois qualifiés pour ces milliers d’étudiants béninois qui maîtrisent la langue de Goethe.

Enfin, le champ de la formation professionnelle constitue un autre chantier prometteur. Le système allemand de formation duale (Ausbildung), souvent présenté comme un modèle en matière d’insertion professionnelle des jeunes, reste marginalement exploité dans la coopération bénino-allemande. Des programmes pilotes associant entreprises, centres de formation et institutions publiques pourraient répondre à la fois aux besoins du marché du travail béninois et aux attentes de partenaires économiques allemands en quête de compétences locales fiables.

À l’heure où l’Allemagne affirme vouloir renforcer ses partenariats africains sur la base de la stabilité, de l’État de droit et du potentiel économique, le Bénin dispose de nombreux atouts pour s’inscrire plus clairement dans cette stratégie. Encore faut-il que cette convergence soit pleinement assumée, structurée et portée par une volonté politique et diplomatique affirmée, des deux côtés. Ces analyses s’inscrivent dans une conception de l’État comme une continuité ; elles ne se limitent pas à la gouvernance actuelle et valent tout autant pour les équipes appelées à diriger le Bénin après la présidence de Patrice Talon. L’ancienne corde étant bien tissée, la nouvelle a de bonnes raisons d’en prolonger la trame.

Béninois, Enseignant d’histoire africaine et des relations internationales à l’Université des Forces Allemandes (Universität der Bundeswehr München)
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