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Ganvié classée patrimoine culturel national: Une nouvelle vie pour la « Venise d'Afrique »

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Le gouvernement a décidé de classer la cité lacustre de Ganvié au patrimoine culturel national. Adoptée en Conseil des ministres, mercredi 4 mars, cette décision vise à mieux protéger ce site emblématique face aux mutations rapides qui menacent son équilibre historique, culturel et environnemental.

 

Par   Joël C. TOKPONOU, le 06 mars 2026 à 06h54 Durée 3 min.
#modernisation de Ganvié

La cité lacustre de Ganvié, l’un des sites les plus emblématiques du Bénin, bénéficie désormais d’un statut renforcé. En Conseil des ministres, mercredi 4 mars, le gouvernement a décidé de classer ce bien culturel au patrimoine culturel national. Une décision qui permettra de préserver durablement ce site unique, confronté, ces dernières années, à de nombreuses transformations et menaces.

Située sur le lac Nokoué, la cité de Ganvié constitue un héritage historique et culturel majeur du Bénin. Fondée, selon la tradition, par les populations Tofinu fuyant les razzias esclavagistes au XVII? siècle, cette cité sur pilotis s’est progressivement imposée comme un symbole de résistance, d’ingéniosité et d’adaptation humaine à l’environnement lacustre. Aujourd’hui encore, plusieurs  milliers d’habitants y vivent, perpétuant un mode de vie étroitement lié à l’eau.

Mais ce patrimoine exceptionnel est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis. En fait, la cité lacustre connaît des transformations rapides liées à la pression démographique, à l’évolution des modes de vie et aux dynamiques économiques. Ces changements se traduisent notamment par une urbanisation progressive du lac, la multiplication de constructions parfois peu adaptées et l’apparition de nouvelles activités qui modifient l’organisation traditionnelle de la cité.

A ces mutations sociales et économiques s’ajoutent des menaces environnementales de plus en plus préoccupantes. La pollution du lac Nokoué, provoquée par les déchets domestiques, les rejets divers et certaines activités économiques, fragilise l’écosystème dont dépend l’équilibre de cette cité. La dégradation des habitats naturels et la raréfaction des ressources halieutiques affectent également les conditions de vie des populations locales.

Les effets du changement climatique viennent accentuer ces fragilités. Les variations du niveau de l’eau, les perturbations des cycles écologiques et la pression croissante sur les ressources naturelles constituent autant de facteurs susceptibles d’altérer l’identité et la viabilité de cette cité lacustre unique en Afrique de l’Ouest.

Face à ces enjeux, le classement de Ganvié au patrimoine culturel national apparaît comme une mesure de protection stratégique. En lui conférant ce statut, l’État entend renforcer les mécanismes de sauvegarde du site afin d’en préserver sa valeur historique, culturelle et écologique exceptionnelle.

Ce classement permettra notamment de mieux encadrer les interventions sur le site, qu’il s’agisse de nouvelles constructions, d’aménagements ou d’activités économiques susceptibles d’affecter son intégrité. Il ouvre également la voie à des programmes de restauration, de conservation et de valorisation du patrimoine architectural et culturel de la cité.

Au-delà de la protection physique du site, cette décision va promouvoir une gestion durable de l’environnement lacustre. La préservation du lac Nokoué, de sa biodiversité et de ses équilibres écologiques constitue en effet un enjeu essentiel pour l’avenir de Ganvié. La mise en place de mesures de lutte contre la pollution et la sensibilisation des populations locales devront ainsi accompagner cette démarche.

Le classement de Ganvié s’inscrit par ailleurs dans la politique plus large de valorisation du patrimoine culturel béninois. Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie les initiatives pour protéger et promouvoir les sites historiques, les traditions et les expressions culturelles qui contribuent à l’identité nationale et au rayonnement du pays.

Dans ce contexte, la cité lacustre représente également un atout majeur pour le développement touristique. Souvent présentée comme la « Venise d’Afrique », Ganvié attire chaque année de nombreux visiteurs curieux de découvrir son architecture atypique, ses marchés flottants et le mode de vie particulier de ses habitants. La préservation du site apparaît ainsi comme une condition essentielle pour maintenir et développer cette attractivité touristique.

Le classement au patrimoine culturel national pourrait aussi constituer une étape importante vers une reconnaissance internationale accrue du site. Plusieurs initiatives ont déjà été engagées ces dernières années pour renforcer la protection et la valorisation de Ganvié dans la perspective d’une inscription éventuelle sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour les autorités béninoises, il s’agit avant tout d’assurer la transmission de cet héritage unique aux générations futures. Ganvié ne représente pas seulement un lieu de vie pour ses habitants ; elle incarne également une page importante de l’histoire du pays et un exemple remarquable d’adaptation humaine à un environnement particulier.

Projet Ganvié

Depuis quelques semaines, il est amorcé une autre phase de la réalisation du projet « Réinventer la cité lacustre de Ganvié » initié par le gouvernement. Il s’agit notamment du démarrage de la construction d’habitations-types lacustres sécurisées.

En effet, les habitations traditionnelles de la Cité lacustre de Ganvié, bien qu’ingénieuses, font face à des défis majeurs tels que la vétusté des structures, la fragilité des toitures, le risque d’effondrement et la vulnérabilité accrue aux catastrophes naturelles.

Pour pallier ces difficultés et offrir un meilleur cadre de vie aux populations, le projet « Réinventer la cité lacustre de Ganvié » envisage, dans une première phase, la réalisation de 250 habitations lacustres avec un objectif à terme de 1 000 unités construites.

C’est ainsi que pour définir les matériaux et les méthodes d’exécution appropriés il est prévu de faire réaliser des prototypes du modèle de logement, sachant que ceux-ci permettront d’identifier l’approche convenable à l’amélioration du cadre bâti, accessible aux communautés autochtones.

Plusieurs étapes de ce projet sont déjà exécutées ou en cours d’exécution. Il s’agit entre autres, de la construction du système d’épuration des eaux usées domestiques, la rénovation/réhabilitation de l’embarcadère d’Abomey-Calavi, le balisage des chenaux secondaire et tertiaire qui s’inscrivent dans la dynamique de l’amélioration des conditions d’hygiène et d’assainissement dans ladite cité.

L’annonce de ce chantier vient renforcer l’élan de promotion du tourisme dans la commune de Sô-Ava, particulièrement au niveau de la cité lacustre de Ganvié.

Ainsi, il est apparu nécessaire de réaliser une étude complémentaire au dossier d’avant-projet détaillé en intégrant le raccordement, la collecte et le traitement des eaux usées. Il en est ainsi parce que l’analyse de l’avant-projet a permis de relever quelques aspects dont l’intégration permettra une meilleure réussite du projet.

Le système d’épuration des eaux usées fait partie du projet « Réinventer la cité lacustre de Ganvié».

Ce projet phare du Pag a des impacts aux plans social, sanitaire, environnemental, touristique et de l’assainissement. Avec cette infrastructure projetée, des kilomètres de réseau d’assainissement, de réseau gravitaire et de réseau sous pression seront mis en place. Tous ces réseaux vont permettre d’acheminer les eaux usées de Ganvié à travers des dizaines de stations de pompage vers la station d’épuration centralisée. A ce niveau, le traitement des eaux se fera à travers une méthodologie et une technologie très avancées. Le dispositif contribuera également à générer de l’énergie renouvelable au profit des populations.