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Dans le cadre de l’édition 2026 du Festival international des films de femmes (Fiff), un panel d’échanges dense et inspirant s’est tenu, jeudi 5 février à l’Institut français de Cotonou. Autour du thème « Femmes, libérez votre créativité », des artistes et expertes venues d’horizons divers ont partagé, sans fard, leurs expériences, leurs doutes et leurs combats.
Inscrit dans la programmation officielle du Fiff Cotonou 2026, le panel intitulé « Femmes, libérez votre créativité » a réuni quatre femmes aux parcours singuliers, mais traversés par des défis communs. Eva Guehi, actrice et metteuse en scène ivoirienne, Anne Kern, historienne de cinéma américaine, Sessimè, artiste musicienne béninoise, et Sènami Donoumassou, artiste visuelle béninoise, ont animé les échanges sous la modération du critique de cinéma Djia Mambu (Belgique-Rdc). Pendant près de deux heures, le temps a semblé s’arrêter; tant la richesse des témoignages a captivé le public. A travers une interaction constante avec la salle, les panélistes ont abordé des thématiques essentielles : le sentiment d’illégitimité, les freins matériels et sociaux à la créativité, la liberté dans l’acte de création, mais aussi la place des femmes dans les industries culturelles et artistiques.
Anne Kern a ouvert la réflexion sur le doute intérieur, ce sentiment diffus mais persistant qui accompagne souvent les femmes dans leurs parcours professionnels. Revenant sur ses débuts comme professeure universitaire, elle a raconté son malaise face à l’autorité que les autres lui attribuaient, alors qu’elle-même doutait encore de sa légitimité. Pour elle, ce sentiment n’est ni une faiblesse ni une anomalie, mais une étape normale du processus de croissance. « Il faut accepter cette ambivalence, continuer à travailler, s’entourer de personnes expérimentées et apprendre à reconnaître ses petites victoires», a-t-elle conseillé, invitant à la patience et à la persévérance.
Dans une approche plus intuitive et spirituelle, Sessimè a rappelé le rôle social de l’artiste. Selon elle, créer, c’est servir, guérir et apporter une réponse émotionnelle aux maux de la société. Qu’il s’agisse de joie, de douleur ou de combats collectifs, l’art devient un moyen de transformation et de contribution. A partir du moment où l’artiste prend conscience de cette mission, affirme-t-elle, une interaction profonde s’installe entre sa vie intérieure et la communauté. Eva Guehi, quant à elle, a déconstruit avec force la notion même d’illégitimité. « Il n’y a personne ici qui n’a jamais douté de lui », a-t-elle lancé à la salle. Pour l’actrice et metteuse en scène, le doute est même un signe positif : celui d’une exigence intérieure, d’un désir de bien faire. Elle a évoqué ce « feu intérieur » qui, tôt ou tard, pousse à s’exprimer, à écrire, à jouer ou à créer, malgré les peurs. Ce feu, lorsqu’il devient trop intense, finit par imposer la prise de parole et l’acte créatif.
Des freins multiples, une même détermination
La question des obstacles à la créativité féminine a occupé une place centrale dans les échanges. Sènami Donoumassou a souligné que le premier frein réside dans la condition féminine elle-même, dès l’enfance. Selon elle, la capacité à rêver et à se projeter n’est pas encouragée de la même manière chez les petites filles que chez les garçons. A cela s’ajoutent les réalités économiques du secteur artistique, avec l’incertitude des revenus, ainsi que le poids du regard social qui continue de considérer la création comme un domaine peu approprié aux femmes. Sessimè a abondé dans le même sens, évoquant l’éducation reçue, les inquiétudes parentales et la pression sociale, particulièrement forte lorsque l’artiste est une femme. Elle a aussi mis en lumière une réalité plus dure, celle des compromis imposés à certaines femmes dans le milieu artistique, où la respectabilité, la maternité ou la situation matrimoniale conditionnent encore trop souvent la reconnaissance professionnelle.
Au terme des échanges, une conviction s’est imposée. Malgré les freins, la créativité féminine demeure une force irrépressible.
Artistes et expertes partagent leurs expériences au Fiff