La Nation Bénin...
A l’initiative de l’Université catholique de l'Afrique de l'ouest (Ucao) et de la fondation de l'Archidiocèse de Cotonou, le Bénin a abrité du 20 au 22 janvier dernier, un colloque scientifique international sur l’écologie intégrale. Au terme des travaux, les acteurs ont formulé des recommandations pour une écologie véritablement intégrale, qui contribue à la justice sociale et à la paix.
Plusieurs recommandations sont issues des deux jours de travaux du colloque scientifique international sur le thème « L’Ecologie intégrale pour la survie et le bien-être de la création». Elles traduisent la volonté de la rencontre de faire de l'écologie intégrale un principe structurant de la pensée, de l'action publique et de l'engagement social au service de la survie et du bien-être de la création, dans une perspective durable, inclusive et profondément humaine.
Selon les organisateurs, la rencontre a ainsi posé les bases d'un dialogue fécond entre science, foi et action publique et a ouvert des perspectives solides pour l'ancrage de l'écologie intégrale dans les politiques, les institutions et les sociétés. Et l’ensemble des recommandations formulées visent à prolonger la réflexion engagée et favoriser des transformations durables sur les plans académique, institutionnel, ecclésial et citoyen.
Sur le plan académique, le colloque recommande le renforcement des recherches interdisciplinaires consacrées à l'écologie intégrale en favorisant les croisements entre sciences de l'environnement, sciences sociales, humanité, philosophie et théologie. Aux yeux des participants, il apparaît nécessaire de structurer des programmes de recherche durables ancrés dans les réalités africaines, intégrant à la fois les données scientifiques contemporaines et les savoirs endogènes. Le colloque encourage également la constitution de réseaux académiques régionaux et continentaux dédiés à l'écologie intégrale afin de mutualiser les connaissances, harmoniser les cadres analytiques et renforcer la visibilité des productions scientifiques africaines dans les débats internationaux.
Au niveau institutionnel et politique, les participants recommandent une meilleure intégration de l'approche de l'écologie intégrale dans les politiques publiques nationales et locales, notamment en matière d'aménagement du territoire, de gestion des ressources naturelles, de lutte contre le changement climatique et de justice sociale. Dans la même logique, ils préconisent de renforcer les mécanismes de gouvernance participative en associant de manière effective les communautés locales, les collectivités territoriales, les chercheurs et les organisations de la société civile au processus de décisions. Le colloque appelle également à une mise en cohérence accrue entre les engagements internationaux, les cadres juridiques nationaux et les capacités opérationnelles afin de garantir l'effectivité des stratégies de développement durable et de résilience écologique.
Sensibiliser les fidèles
Sur le plan ecclésial et interreligieux, le colloque recommande une appropriation renforcée de l'écologie intégrale par les églises et les communautés religieuses en l'intégrant pleinement dans la pastorale, la prédication, la formation des agents pastoraux et l'action sociale. Il invite à développer des initiatives concrètes telles que le verdissement des espaces d’église, la promotion des pratiques responsables et la sensibilisation des fidèles aux enjeux environnementaux. Aussi, encourage-t-il le dialogue interreligieux dans le but de faire émerger une parole commune des traditions religieuses sur la sauvegarde de la création, fondée sur les valeurs partagées de respect de justice et de solidarité.
Enfin, le colloque scientifique international souligne l'importance stratégique de l'éducation environnementale comme levier de transformation durable. Il recommande l'intégration systématique des enjeux écologiques dans les curricula scolaires et universitaires, ainsi que le développement des programmes de sensibilisation adaptés aux contextes locaux. Le renforcement de la participation citoyenne est également suggéré à travers l'appui aux initiatives communautaires, la valorisation des pratiques locales vertueuses et la promotion d'une culture de responsabilité intergénérationnelle.
Le colloque a appelé à une mobilisation collective des citoyens, des jeunes et femmes et des acteurs de terrain afin que l'écologie intégrale devienne une pratique vécue au quotidien et non un simple cadre conceptuel.
Satisfaction
Prononçant le mot de clôture des travaux, Monseigneur Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou, s’est félicité du fait que le colloque n'a pas été une simple succession de communications, mais un signal prophétique en vue d'une véritable conversion écologique.
« L'écologie intégrale n'est donc pas un slogan, elle est une exigence de foi, une question de survie. Si le refus de certaines puissances d'adopter des politiques écologiques cohérentes en faveur de la terre reste préoccupant, nous, en tant que chrétiens, voulons proclamer l'espérance », lance Mgr Roger Houngbédji.
Dans le contexte climatique mondial actuel, marqué par l’émergence au pouvoir de climatosceptiques et le défaut de financement de l’adaptation des pays les moins pollueurs, l'Afrique, selon les participants, est appelée non seulement à s'adapter, mais aussi à parler au monde, à proposer, à éclairer. « C'est ce que nous avons essayé de faire pendant ce colloque qui s'achève », apprécie l’archevêque de Cotonou. Il a réaffirmé l’engagement de l’église catholique à rester un gardien fidèle et courageux de la maison commune.
Le colloque avait une triple dimension qui lui a conféré une profondeur particulière, en favorisant le dialogue entre savoirs scientifiques, valeurs spirituelles et réalités sociales