La Nation Bénin...
La dernière campagne de collecte de données menée par l’Institut national de la statistique et de la démographie (Instad) sur les conditions de vie des ménages (Ehcvm2, Bénin 2021-2022), met en lumière des progrès enregistrés, mais aussi des vulnérabilités persistantes, révélant une réalité sociale encore marquée par de fortes disparités territoriales et socioéconomiques.
Revenus, logement, éducation, santé, emploi et sécurité alimentaire, la dernière Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (Ehcvm2) raconte les conditions réelles de vie, les privations, mais aussi les dynamiques d’amélioration du bien-être, offrant un outil stratégique pour orienter les politiques publiques et les actions sociales. L’analyse des données met en lumière une réalité complexe, contrastée et multidimensionnelle. Elle permet d’appréhender le bien-être des populations à travers plusieurs domaines clés : revenus et dépenses, conditions de logement, accès aux services sociaux de base, éducation, santé, emploi, sécurité alimentaire et cadre de vie. A partir des dépenses de consommation par tête, la pauvreté monétaire demeure une réalité structurelle pour une part significative de la population. Une proportion importante des ménages vit avec un niveau de consommation inférieur au seuil national de pauvreté, traduisant une capacité limitée à satisfaire les besoins essentiels.
Les données montrent que la pauvreté monétaire touche davantage les ménages ruraux, où les revenus restent fortement dépendants des activités agricoles à faible productivité. Les ménages dirigés par des personnes peu instruites et ceux comptant un nombre élevé de dépendants présentent également un risque accru de pauvreté. Toutefois, les données mettent en évidence une légère amélioration du niveau moyen de consommation dans certains pôles urbains, portée par le développement des activités commerciales et de services.
Pauvreté non monétaire : des privations encore marquées
L’approche non monétaire révèle des formes de pauvreté souvent invisibles dans les indicateurs purement financiers. Elle repose sur l’évaluation des privations dans plusieurs dimensions essentielles du bien-être. Les résultats indiquent que de nombreux ménages cumulent plusieurs privations simultanées, notamment en matière de logement décent, d’accès à l’eau potable, à l’électricité et à l’assainissement amélioré. Cette pauvreté multidimensionnelle demeure prononcée en milieu rural et dans les zones périurbaines en forte croissance démographique. En ce qui concerne le domaine «logement et cadre de vie», les données révèlent des inégalités significatives entre milieux de résidence. Si une majorité de ménages dispose d’un logement en matériaux durables en milieu urbain, une part importante des habitations rurales reste construite en matériaux précaires, exposant les populations aux aléas climatiques. L’accès à l’électricité connaît une progression notable, mais demeure inégal.
Les ménages urbains sont largement connectés au réseau électrique, tandis qu’en milieu rural, l’éclairage repose encore massivement sur des sources alternatives, moins sûres et plus coûteuses à long terme. L’accès à l’eau potable s’améliore, mais les données montrent que de nombreux ménages continuent de s’approvisionner à partir de sources non améliorées, augmentant les risques sanitaires.
Santé : des progrès, mais des vulnérabilités
Dans le domaine de la santé, l’analyse révèle une fréquentation encore insuffisante des structures sanitaires formelles, notamment pour les populations rurales et les ménages pauvres. Le recours aux centres de santé est fortement conditionné par la distance, le coût des soins et la disponibilité du personnel qualifié. Les données montrent également que les dépenses de santé représentent une charge financière importante pour de nombreux ménages, exposant certains à des dépenses catastrophiques susceptibles d’aggraver leur vulnérabilité économique. Les résultats relatifs à l’éducation traduisent une amélioration progressive de l’accès à l’école, notamment au niveau primaire. Les taux de scolarisation sont en hausse, en particulier chez les filles, traduisant les effets positifs des politiques éducatives mises en œuvre. Cependant, l’analyse des données révèle des disparités persistantes en matière de niveau d’instruction, surtout en milieu rural. Les abandons scolaires précoces, liés à la pauvreté, au travail des enfants et aux contraintes socioculturelles, restent un frein majeur à l’amélioration du capital humain.
Le marché du travail, tel que décrit par les données demeure largement dominé par l’emploi informel. Une majorité des actifs exerce dans des activités à faible productivité, sans protection sociale ni stabilité de revenus. Les jeunes et les femmes sont particulièrement exposés au sous-emploi et à la précarité professionnelle. Les données révèlent aussi que le niveau d’instruction reste un déterminant clé de l’accès à des emplois mieux rémunérés et plus stables.
Sécurité alimentaire : une vulnérabilité structurelle
L’analyse de la sécurité alimentaire met en évidence une situation contrastée. Si une partie des ménages parvient à couvrir ses besoins alimentaires, une proportion non négligeable demeure en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Les ménages agricoles sont particulièrement exposés aux chocs climatiques, aux fluctuations des prix des denrées et à la baisse des rendements, ce qui affecte directement leur capacité à assurer une alimentation suffisante et diversifiée. Pris dans leur globalité, le bien-être des ménages progresse, mais de manière inégale. Les améliorations observées dans certains domaines sont souvent contrebalancées par des privations persistantes dans d’autres. Cette lecture multidimensionnelle met en évidence l’importance d’approches intégrées, combinant lutte contre la pauvreté monétaire, amélioration de l’accès aux services sociaux de base et renforcement des capacités économiques des ménages.
notamment pour les populations rurales et les ménages pauvres