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Développement en Afrique: Equilibre recherché entre financements extérieur et domestique

Economie
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Face à des besoins croissants en infrastructures, en énergie et en transformation économique, les pays africains continuent de s’appuyer sur les institutions financières internationales pour financer leur développement. Au même moment, plusieurs États du continent cherchent désormais à renforcer leurs capacités de financement domestique afin de réduire leur dépendance aux ressources extérieures, face aux contraintes budgétaires et aux questions de dettes.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 16 mars 2026 à 01h48 Durée 3 min.
#Afrique #Développement en Afrique

Le financement du développement reste l’un des problématiques majeures pour les économies africaines. Routes, ports, réseaux énergétiques, systèmes de santé et infrastructures éducatives nécessitent des investissements considérables pour accompagner la croissance démographique et stimuler l’industrialisation.

Selon plusieurs analyses d’institutions financières internationales, les besoins d’investissement en Afrique se chiffrent chaque année en centaines de milliards de dollars. Pour combler ce déficit, les pays africains s’appuient depuis plusieurs décennies sur des institutions multilatérales de financement du développement. Ces institutions jouent un rôle essentiel dans la mobilisation de ressources financières, la structuration des projets et l’accompagnement des réformes économiques. Parmi les acteurs majeurs du financement du développement figure la Banque africaine de développement (Bad). Cette institution multilatérale a pour mission de promouvoir la croissance économique et le progrès social sur le continent. Selon une récente analyse publiée par S&P Global Ratings, la Bad demeure l’une des institutions financières les plus solides du système de financement du développement en Afrique. L’organisation bénéficie notamment d’une capitalisation robuste, d’une forte liquidité et d’un soutien constant de ses actionnaires. En 2025, la banque a approuvé environ 6,4 milliards d’unités de compte, soit près de 8,5 milliards de dollars, destinés à financer des projets de développement sur le continent, tandis que les décaissements ont atteint 3,6 milliards d’unités de compte, soit environ 4,8 milliards de dollars. La majorité de ces financements est consacrée aux projets d’infrastructures publiques, notamment dans les secteurs des transports, de l’énergie ou encore de l’agriculture. Les prêts souverains représentent environ 88 % du portefeuille de la banque, illustrant le rôle central des États dans la mise en œuvre des projets de développement. Grâce à ces interventions, la Bad contribue à réduire les déficits d’infrastructures et à améliorer les conditions de croissance économique dans de nombreux pays africains.

Paradigme soutenu

Au-delà de la Banque africaine de développement, plusieurs institutions régionales participent également au financement du développement en Afrique. La Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (Bidc) intervient aussi dans le financement de projets structurants en Afrique de l’Ouest, en soutenant des initiatives dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture et du secteur privé, afin de favoriser l’intégration économique régionale et la transformation des économies des États membres. La Banque ouest-africaine de développement (Boad) ou la Banque de développement de l’Afrique australe, jouent également un rôle croissant dans le financement des projets structurants au niveau sous-régional.

Des institutions multilatérales de financement du développement interviennent depuis des décennies. Ainsi, la Banque mondiale, par exemple, demeure l’un des principaux bailleurs de fonds du continent à travers l’Association internationale de développement (Ida), qui accorde des prêts concessionnels et des dons aux pays à faible revenu, sans oublier d’autres fonds spécifiques dédiés au financement du développement en Afrique. De son côté, le Fonds monétaire international (Fmi) intervient principalement à travers des programmes d’appui macroéconomique et des facilités de financement destinées à soutenir la stabilité économique, les réformes structurelles et la gestion des crises budgétaires dans plusieurs pays africains, tandis que la Banque islamique de développement intervient notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation et des infrastructures sociales. Ces institutions contribuent non seulement au financement des projets, mais aussi au transfert de compétences, à l’amélioration de la gouvernance économique et à la mobilisation d’investissements privés.

Impacts visibles, mais équilibre recherché

Les financements mobilisés par ces institutions ont permis de réaliser d’importantes infrastructures à travers le continent. Routes, centrales électriques, barrages, réseaux d’eau potable ou encore projets agricoles sont mis en œuvre. Ces investissements ont contribué à améliorer l’accès à l’énergie, à faciliter les échanges commerciaux et à renforcer l’intégration économique régionale. Cependant, les besoins restent considérables. Plusieurs pays africains font face à des contraintes budgétaires importantes, aggravées par l’augmentation des niveaux d’endettement et par la volatilité des marchés financiers internationaux. Dans ce contexte, la question de la soutenabilité de la dette publique est devenue un enjeu central pour les politiques de développement.

Face à ces questions, de nombreux pays africains cherchent désormais à renforcer leurs capacités de financement domestique. Cette stratégie repose sur plusieurs leviers, tels que l’amélioration de la mobilisation des recettes fiscales, le développement des marchés financiers locaux et l’émission d’obligations souveraines sur les marchés domestiques. Dans certaines régions, notamment en Afrique de l’Ouest, les pays ont recours de plus en plus aux marchés financiers régionaux pour mobiliser des ressources destinées au financement de leurs budgets et de leurs projets d’infrastructures. Cette orientation vers le financement domestique vise à réduire la dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux tout en renforçant l’autonomie financière des États. Pour les experts du développement, l’avenir du financement du développement en Afrique repose sur une combinaison équilibrée entre ressources extérieures et ressources internes. Les institutions financières internationales devraient continuer à jouer un rôle stratégique dans le financement des projets structurants et dans la mobilisation de capitaux à long terme. Parallèlement, le renforcement des systèmes fiscaux nationaux et le développement des marchés financiers africains pourraient permettre aux États de financer davantage leurs priorités de développement.