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Economie béninoise: Le bilan de 66 ans d'histoire selon le professeur John Igué

Economie
Le professeur John Igué fait l’analyse de l’économie béninoise et invite à la réflexion Le professeur John Igué fait l’analyse de l’économie béninoise et invite à la réflexion

L’univers littéraire s’est enrichi d’une nouvelle œuvre intitulée « L'économie du Bénin, de l'indépendance à l'ère de la rupture : 1960-2026 », du professeur John Igué. Présenté vendredi 27 février à Cotonou, le livre se veut un outil de référence pour comprendre les fondements et les défis du développement du Bénin.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 02 mars 2026 à 08h55 Durée 3 min.
#économie béninoise

Un nouvel ouvrage vient marquer l’actualité économique du Bénin. Il s’agit du livre « L'économie du Bénin, de l'indépendance à l'ère de la rupture : 1960-2026 » du professeur John Igué. Le livre couvre plus de six décennies d’histoire économique, avec l’ambition affichée de dresser un bilan rétrospectif à la fin d’un cycle. Pour l’auteur, l’exercice relève d’une responsabilité intellectuelle.

«Un intellectuel est un veilleur. S’il cesse de jouer ce rôle, il n’est plus utile à sa nation », a-t-il déclaré. Son travail a été salué comme un modèle d’analyse qui vise à regarder d’où l’on vient pour mieux orienter l’avenir.

Chargé du commentaire scientifique, le professeur Charlemagne Babatundé Igué, recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, a insisté sur la solidité méthodologique de l’ouvrage. Selon lui, trois éléments en fondent la robustesse. D’abord, l’ancrage dans l’économie spatiale. L’auteur croise géographie, histoire et économie pour analyser non seulement les agrégats macroéconomiques, mais aussi les flux réels, les circuits frontaliers et le rôle du voisinage régional. Cette approche pluridisciplinaire permet, selon le recteur, de saisir la part invisible de l’économie béninoise, notamment le secteur informel, souvent négligé par les modèles strictement économétriques. Ensuite, l’analyse comparative et séquentielle. John Igué divise la période 1960-2026 en quatre grandes séquences, examinées à travers des indicateurs homogènes dont la production agricole, les recettes portuaires, la dette publique, etc. Cette méthode permet de distinguer les effets conjoncturels des faiblesses structurelles du système productif. Enfin, la rigueur des sources mobilisées. Des données institutionnelles nationales et internationales sont croisées avec des observations de terrain, notamment sur les marchés frontaliers et les corridors de transport. Une démarche qui renforce, selon le commentateur, la crédibilité de l’analyse.

Au fond

Dans son intervention, John Igué a détaillé l’architecture de son analyse. La première séquence de 1960 à 1972 est marquée par l’inexpérience des premiers dirigeants, la dépendance aux experts étrangers et les crises budgétaires aggravées par les rapatriements massifs de travailleurs. Le budget national, a-t-il rappelé, était absorbé en grande partie par les salaires, fragilisant l’État et favorisant l’instabilité politique. La période révolutionnaire, à partir de 1972 et celle du renouveau démocratique sont analysées sous l’angle de la dépendance au commerce de réexportation et au financement extérieur. Si l’idéologie a évolué, le socle économique est resté largement fondé sur le commerce de transit. L’ère dite de la rupture est présentée comme une tentative de correction des dysfonctionnements accumulés, à travers un dirigisme d’État assumé. Pour l’auteur, cette orientation a permis d’introduire davantage de discipline dans la gestion publique, sans pour autant rompre totalement avec l’option libérale héritée de la Conférence nationale. « Cela m'a permis de dire qu'à partir de ce concept, il faut une autre orientation économique à cette fin du cycle », estime le professeur John Igué. Parmi les forces relevées figurent la perspective longue, qui met en lumière la continuité entre les périodes, et l’approche multidimensionnelle intégrant les dimensions politique et sociologique. John Igué invite à réfléchir à l’orientation du prochain cycle économique, avec l’ambition de bâtir un modèle plus cohérent et durable.

Outil de référence

Préfacier de l’ouvrage, le professeur Sylvain Adekpedjou Akindes dit avoir accepté l’exercice en tant que témoin d’une époque. Pour lui, le mérite du livre réside dans sa capacité à replacer le débat national sur le terrain du développement plutôt que sur celui des querelles politiques. Il souligne que l’ouvrage invite à tirer les leçons de l’histoire économique pour tracer les lignes de l’avenir. À ses yeux, le développement ne peut être réduit à des indicateurs abstraits, mais renvoie au bien-être concret des populations, à la capacité de produire et de subvenir aux besoins essentiels. La thèse défendue par le professeur John Igué est que l’économie béninoise aurait achevé un cycle de survie pour entrer dans un cycle de construction structurelle. La croissance durable, soutient l’auteur, ne peut s’enraciner sans des réformes institutionnelles préalables. Le lien entre discipline politique et performance économique constitue le cœur de sa démonstration. L’ouvrage est présenté comme un outil de référence destiné aux chercheurs, décideurs, partenaires au développement et étudiants. Au-delà des chiffres et des modèles, il propose une grille de lecture chronologique permettant d’inscrire les performances actuelles dans leur socle historique.