La Nation Bénin...
Malgré
une croissance économique soutenue, les pays de l’Uemoa font face à un paradoxe
: la majorité des emplois créés sont précaires et informels, selon une étude,
mettant en évidence un défi pour l’inclusivité et le développement durable.
L’augmentation
de la production économique ne rime pas avec l’amélioration substantielle des
conditions de travail pour la majorité de la population de la zone Uemoa. Bien
que ces dernières années, les pays de l’Union économique et monétaire
ouest-africaine (Uemoa) aient connu une croissance économique significative,
ils se trouvent confrontés à ce paradoxe, selon une étude récente menée par des
chercheurs du Centre de recherches microéconomiques de développement de
l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan en Côte d’Ivoire.
L’étude,
menée par Kouadio Clément Kouakou et Vassy Pierre Sangaré, a analysé
l’élasticité des emplois non vulnérables par rapport à la croissance économique
dans la région. Ils en concluent que la croissance observée ne favorise pas
suffisamment la création d’emplois stables et de qualité.
L’étude, publiée dans la Revue d’analyse des politiques économiques et financières (Rapef, Volume 6, Numéro 2 - Décembre 2023), repose sur des données de 1996 à 2021. Elle révèle que près de 80 % des emplois dans la région sont informels et précaires, souvent sans couverture sociale ni protection face aux risques de santé ou de chômage. Cette situation est alarmante, d’autant plus que l’informel représente environ 91,9 % des emplois dans ces pays, accentuant ainsi la précarité des travailleurs.
Le secteur privé représente une part significative de l’économie de l’Uemoa, étant responsable de l’emploi de près de 90 % des travailleurs. Cependant, ce secteur reste largement informel et ne génère pas assez d’emplois formels et stables.
Faible
productivité
L’étude montre également que certains secteurs économiques sont plus propices à la création d’emplois non vulnérables que d’autres. Les secteurs des services et de l’industrie offrent de meilleures opportunités pour des emplois formels et stables, en comparaison avec le secteur agricole, traditionnellement dominant. Cependant, même dans ces secteurs, la qualité des emplois reste insuffisante en raison de la faible productivité et des salaires peu élevés. Cette faiblesse se reflète dans l’incapacité à générer des emplois dignes et rémunérateurs.
Un
des facteurs essentiels pour améliorer la situation réside dans le renforcement
des institutions. L’étude souligne la nécessité des réformes institutionnelles
pour encourager la création d’emplois formels. Des politiques publiques
solides, la lutte contre la corruption et un cadre législatif favorable peuvent
jouer un rôle central dans la réduction de l’informalité. La gouvernance des
pays de l’Uemoa doit être améliorée afin de stimuler la croissance des secteurs
productifs formels, qui, à leur tour, favoriseront des emplois non vulnérables.
L’un des autres obstacles majeurs à la création d’emplois de qualité est la faible productivité des travailleurs dans la région, selon les auteurs. Cette situation est en grande partie due à un capital humain insuffisant. L’étude indique qu’environ 60,4 % de la population en âge de travailler dans les pays de l’Union ne bénéficie d’aucune éducation formelle.
Renforcer
les compétences
Les jeunes, en particulier, font face à des conditions de travail précaires, souvent liées à un manque de qualification. Ce manque de formation professionnelle et technique complique l’adaptation des travailleurs aux exigences du marché du travail, créant ainsi un fossé entre la croissance économique et la qualité des emplois.
Face
à ces défis, les chercheurs recommandent de renforcer les investissements dans
les secteurs formels, notamment ceux qui ont un potentiel élevé de création
d’emplois. Ils suggèrent également d’améliorer l’accès au crédit pour les
petites entreprises et de favoriser la formation professionnelle afin d’adapter
les compétences des travailleurs aux besoins du marché. Parallèlement, il est
nécessaire d’encourager la formalisation des entreprises et de promouvoir un
cadre économique plus favorable à la création d’emplois stables et
rémunérateurs.
Le
manque de qualification met également en évidence la nécessité d’améliorer
l’éducation et la formation pour favoriser l’intégration des jeunes dans le
marché du travail formel.
Il faut souligner que l’étude repose sur un modèle économétrique de données de panel à effet aléatoire. Elle a porté sur une décomposition de l’élasticité des emplois stables en deux effets : l’effet-intensité, qui mesure l’intensité en emploi de l’activité économique, et l’effet-quantité, qui évalue la quantité d’emplois créés par l’activité économique.