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Surcharge de travail, stress, difficultés d’équilibre de vie, incertitudes sur l’avenir et disparités entre pays… Le métier d’enseignant est à la croisée des chemins. Une enquête internationale de l’Ocde révèle une profession confrontée à des tensions multiples, au moment où l’intelligence artificielle commence à s’inviter dans les pratiques pédagogiques.
Si l’intelligence artificielle (IA) commence à transformer certaines pratiques, le quotidien des enseignants reste dominé par le stress, la charge de travail et des conditions d’emploi parfois fragiles, qui influencent directement les choix de carrière. C’est l’un des constats majeurs de la dernière enquête Talis de l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) sur l’enseignement et l’apprentissage. Menée en 2024 auprès de 280 000 enseignants et chefs d’établissement dans 55 systèmes éducatifs, elle dresse le portrait d’une profession sous pression.
Selon le rapport, seuls 11 % des enseignants estiment que leur travail leur laisse « beaucoup » de temps pour leur vie personnelle. Sur le plan sanitaire, 10 % déclarent que leur travail a un impact négatif important sur leur santé mentale, et 8 % sur leur santé physique. L’Ocde note que la pandémie de Covid-19 a contribué à accentuer ces difficultés et à fragiliser le bien-être des enseignants dans plusieurs pays.
Deux enseignants sur trois se disent satisfaits de leurs conditions de travail hors salaire (horaires, avantages sociaux, organisation), mais les écarts entre pays restent marqués. Plus significatif encore, les enseignants satisfaits de ces conditions non salariales sont près de 40 % moins susceptibles d’envisager de quitter la profession dans les cinq prochaines années.
La stabilité contractuelle varie également selon les systèmes éducatifs. En moyenne, quatre enseignants sur cinq exercent sous contrat permanent, mais cette proportion chute nettement dans certains pays. L’enquête met aussi en évidence le phénomène du temps partiel subi: environ 7 % des enseignants travaillent à temps partiel sans l’avoir souhaité. Dans certains systèmes, cette situation est associée à une probabilité plus élevée de vouloir quitter la profession.
Un signal pour les politiques éducatives
L’enquête insiste aussi sur les défis du début de carrière. En moyenne, un enseignant débutant sur quatre bénéficie d’un mentor attitré, et la majorité exerce dans un établissement proposant un dispositif de mentorat. Cet accompagnement est associé à une meilleure satisfaction professionnelle et à un bien-être au travail. Toutefois, dans plusieurs systèmes, les enseignants les moins expérimentés continuent d’être affectés dans des zones ou établissements difficiles, ce qui accroît les risques d’épuisement et de décrochage.
Au final, l’enquête confirme que la crise de l’enseignement est multidimensionnelle. L’arrivée de l’intelligence artificielle peut améliorer certaines pratiques et alléger certaines tâches, mais elle ne compensera pas à elle seule le poids du stress, des conditions de travail difficiles et de la précarité.
Le rapport renforce ainsi l’idée qu’une politique éducative efficace doit agir sur plusieurs leviers, notamment la stabilité des contrats, l’organisation du temps scolaire, la charge administrative, le climat professionnel et l’accompagnement des enseignants.
Pour l’Ocde, ces données doivent servir de base à des politiques publiques capables de renforcer la formation, d’améliorer le bien-être au travail et de stabiliser une profession indispensable à la performance des systèmes éducatifs. Car l’enjeu dépasse la question de l’innovation : il s’agit désormais de préserver l’attractivité du métier d’enseignant et de garantir, dans la durée, la qualité de l’éducation.
Usage de l’IA : entre opportunité pédagogique et risque de fraude
L’intelligence artificielle progresse dans le monde éducatif, mais son adoption reste très inégale. En moyenne, un enseignant sur trois déclare avoir utilisé l’IA au cours de l’année. Dans certains pays, l’usage est massif: environ 75 % des enseignants y recourent aux Emirats arabes unis et à Singapour. À l’inverse, moins de 20 % le font en France et au Japon.
Dans la majorité des cas, l’IA est utilisée pour des tâches de soutien : compréhension et résumé de contenus, rédaction de plans de cours ou amélioration de documents pédagogiques. L’outil est en revanche beaucoup moins mobilisé pour l’évaluation des élèves, domaine jugé plus sensible.
En moyenne, 40 % des enseignants estiment que l’IA peut aider à mieux soutenir les élèves individuellement. Cependant, la méfiance domine sur les usages détournés : environ sept enseignants sur dix pensent que l’IA permet aux élèves de faire passer le travail d’autrui pour le leur (plagiat).
Autre indicateur révélateur : un enseignant sur dix affirme que son établissement n’autorise pas le recours à l’IA dans l’enseignement, signe d’une absence d’harmonisation des règles et de la difficulté à trouver un équilibre entre innovation et encadrement.
Le quotidien des enseignants reste dominé par le stress, la charge de travail et des conditions d’emploi parfois fragiles, qui influencent directement les choix de carrière