La Nation Bénin...
Réalisatrice,
gestionnaire de projets numériques, culturels et sociaux, Olivia Azonnoudo met
le cinéma au service de la transformation sociale grâce à l’initiative Red
Vision. À travers son film «Les Couleurs de Rose», elle aborde avec sensibilité
la réalité des jeunes filles mères, leur combat contre la stigmatisation et
leur quête de réinsertion. Dans cette interview, elle revient sur la genèse du
film, ses défis et l’impact qu’elle espère susciter.
D’où est partie l’idée d’un film fiction sur les jeunes filles mères : expérience vécue ou histoire inspirante ?
L’idée
est née d’un constat frappant: la stigmatisation et l’isolement auxquels sont
confrontées les jeunes filles devenues mères précocement. Beaucoup voient leur
avenir compromis alors qu’elles possèdent un potentiel immense. Cette fiction
est un cri du cœur pour briser les tabous, déconstruire les préjugés et
démontrer qu’un avenir meilleur est possible.
J’ai été inspirée par les témoignages poignants de jeunes filles rencontrées dans le cadre des actions de Red Rose. Leurs récits m’ont profondément marquée, car elles vivent avec la douleur du rejet et le renoncement à une vie meilleure, croyant que leur destin est tracé vers une existence précaire. J’ai voulu leur montrer qu’elles peuvent tout accomplir. Certes, je ne suis pas une jeune fille mère, mais j’ai côtoyé plusieurs jeunes femmes ayant vécu cette expérience. En discutant avec elles, j’ai pris conscience de l’ampleur des défis qu’elles doivent surmonter : rejet familial, précarité économique, renoncement aux études, et bien d’autres. Ces échanges ont nourri mon engagement à porter leurs voix à travers ce film.
Les
personnages sont-ils des professionnels du cinéma ou des acteurs amateurs ?
J’ai choisi de travailler avec des personnes qui n’avaient pas pour ambition de devenir acteurs. Ce pari était audacieux, mais il en valait la peine. Je les ai formées pour qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes. Cela a été un défi, mais le résultat a prouvé que le risque a été payant.
Quels
sont les principaux messages que vous souhaitez transmettre à travers ce film ?
Le
premier message est que la maternité précoce ne doit pas être une condamnation
sociale. Ces jeunes filles ont le droit à une seconde chance et méritent un
accompagnement bienveillant pour reconstruire leur avenir.
Ensuite, je souhaite montrer que derrière chaque jeune fille mère, il y a une histoire, un combat, des espoirs et des rêves qu’il est possible de raviver avec du soutien. Enfin, je veux interpeller la société sur son rôle : au lieu de juger, nous devons agir pour créer un environnement inclusif et bienveillant.
Comment
avez-vous conçu le film pour qu’il soit à la fois instructif et percutant pour
le public cible ?
Pour
concevoir ce film, j’ai cherché à allier émotion et réflexion. J’ai voulu qu’il
soit à la fois une histoire humaine et un outil de sensibilisation. Le film se
concentre sur le vécu intime de Rose, une jeune fille mère, afin de susciter
l’empathie et de briser les stéréotypes sur les jeunes filles mères.
L’intrigue
met en lumière non seulement les défis individuels auxquels elles font face,
mais aussi les difficultés systémiques qui contribuent à la marginalisation de
ces jeunes femmes. Pour rendre l’histoire encore plus percutante, j’ai opté
pour une approche réaliste, avec des dialogues et des situations qui reflètent
des expériences concrètes vécues par ces jeunes filles dans la société. Le film
intègre également des messages éducatifs de prévention et de soutien, en créant
un parallèle entre les défis personnels de Rose et l’importance de
l’accompagnement social et éducatif pour permettre à ces jeunes femmes de se
relever et de réussir. Enfin, pour toucher un public jeune, nous avons intégré
des éléments visuels modernes et captivants, tout en restant fidèles à la
réalité de ces expériences pour créer un impact émotionnel durable. Cela permet
de toucher non seulement les jeunes filles, mais aussi les éducateurs, les
parents et les décideurs.
Quels
sont les projets ou perspectives autour du film dans un avenir proche ?
Nous prévoyons des projections-débats dans plusieurs villes, notamment dans les collèges et universités, afin de sensibiliser directement les jeunes et les encourager à se confier. Nous pourrons ainsi prendre le relais avec mon Ong, Red Rose, pour les accompagner. Nous souhaitons également collaborer avec d’autres Ong et institutions publiques pour intégrer le film dans des campagnes de sensibilisation. À long terme, notre objectif est de créer une plateforme d’accompagnement qui prolongera l’impact du film en proposant des ressources concrètes aux jeunes filles mères.
Les
jeunes filles mères peuvent-elles réellement s’en sortir et remonter la pente
sans l’accompagnement de leurs proches et de la société ?
C’est extrêmement difficile de s’en sortir seule. L’éducation d’un enfant tout en reconstruisant sa propre vie demande un réseau de soutien solide. C’est pourquoi l’accompagnement familial, l’accès à la formation et les opportunités économiques sont essentiels. La société doit jouer un rôle clé en proposant des politiques inclusives et des programmes de réinsertion adaptés à ces jeunes mères.
Quelles
ont été les principales difficultés rencontrées lors de la réalisation de la
fiction, et comment les avez-vous surmontées ?
Travailler avec des talents non professionnels s’est avéré plus compliqué que prévu. Le manque de maturité et d’expérience a posé des défis, mais j’ai surmonté cela en les formant et en les soutenant tout au long du processus. Le risque était élevé, mais la récompense l’a été tout autant.
Comment
espérez-vous que ce film influence les politiques publiques ou les initiatives
d’accompagnement des jeunes filles mères ?
J’espère que le film «Les Couleurs de Rose» servira de catalyseur pour le changement, en mettant en lumière les lacunes des dispositifs existants et en inspirant des initiatives concrètes. Nous voulons interpeller les décideurs sur la nécessité d’un accompagnement renforcé: accès à l’éducation, formations adaptées, soutien psychologique et protection contre la discrimination. L’objectif est d’amener les politiques publiques à mieux intégrer les jeunes filles mères dans leurs stratégies d’inclusion sociale et d’autonomisation. Ce film est bien plus qu’une simple fiction : c’est un plaidoyer pour l’espoir et la résilience. Il rappelle que chaque jeune fille mère est avant tout une femme avec des rêves, des ambitions et une force intérieure qui ne demandent qu’à être soutenus pour éclore.