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Vision « Bénin 2060 Alafia »: La culture béninoise entre renaissance identitaire et ambition mondiale

Culture
Ces dernières années, l’Etat a engagé des efforts notables en matière de restauration de sites  historiques, de promotion des patrimoines immatériels et de revitalisation linguistique Ces dernières années, l’Etat a engagé des efforts notables en matière de restauration de sites historiques, de promotion des patrimoines immatériels et de revitalisation linguistique

Entre héritages pluriels et modernité assumée, le Bénin engage une recomposition culturelle profonde. A l’horizon 2060, la vision nationale de développement érige la culture en pilier stratégique du vivre-ensemble, de la prospérité et de l’influence internationale du pays.

 

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 17 févr. 2026 à 06h48 Durée 3 min.
#culture béninoise #renaissance identitaire

Dans la vision nationale de développement « Bénin 2060 Alafia, un Monde de Splendeurs », la culture n’est ni un décor ni un supplément d’âme. Elle s’affirme comme un pilier stratégique du développement, au même titre que la paix, la bonne gouvernance et la prospérité. A l’horizon du centenaire de l’indépendance, le Bénin ambitionne une véritable renaissance culturelle, enracinée dans ses valeurs, structurée économiquement et projetée à l’international. Entre 2000 et 2024, le paysage culturel béninois a connu des mutations profondes, révélatrices des transformations sociales, technologiques et géopolitiques en cours dans le monde. L’analyse du domaine culturel, fondée sur une approche mixte combinant perceptions citoyennes, études transversales, monographies et diagnostic met en évidence une recomposition identitaire continue, parfois féconde, parfois fragile.

La mondialisation, accélérée par l’explosion des médias numériques et des réseaux sociaux, a multiplié les influences extérieures. Musiques urbaines globalisées, attitudes vestimentaires importées, formats audiovisuels standardisés… Les références culturelles internationales s’imposent de plus en plus dans les imaginaires, en particulier chez les jeunes. Si cette ouverture nourrit la créativité et favorise l’innovation, elle pose aussi un défi majeur, celui de la transmission intergénérationnelle des savoirs, des langues nationales et des pratiques culturelles endogènes, aujourd’hui menacées d’érosion. Face à ces bouleversements, une dynamique porteuse d’espoir se dessine. Dans les arts visuels, la musique, la danse, le théâtre ou le cinéma, une jeune génération d’artistes béninois revendique une esthétique hybride, mêlant héritages ancestraux et expressions contemporaines. Masques traditionnels revisités, rythmes endogènes fusionnés aux sonorités électroniques, récits patrimoniaux portés par le langage cinématographique moderne constituent autant d’éléments déterminants pour affirmer haut et fort, que la culture béninoise se réinvente sans rompre avec ses racines.

Toutefois, le document relève que cette effervescence reste encore marginale dans l’espace médiatique et économique. Le manque de structuration du secteur, la faible professionnalisation et l’insuffisance d’infrastructures culturelles limitent la portée de ces initiatives. Transformer le potentiel créatif en un véritable écosystème culturel viable, générateur d’emplois et de valeur ajoutée, tel est l’enjeu porté par la vision Bénin 2060.

La numérisation culturelle, une opportunité stratégique à maîtriser

Autre mutation majeure, la montée en puissance de la numérisation culturelle. Le numérique offre de nouveaux canaux de diffusion, d’archivage et de valorisation de la création béninoise, permettant aux œuvres de franchir les frontières et de toucher la diaspora. Mais il expose également le secteur à une concurrence internationale intense, dominée par des industries culturelles fortement structurées. L’enjeu à ce niveau n’est donc pas seulement technologique. Il est économique, institutionnel et stratégique. Les rédacteurs de la Vision 2060 appellent à structurer une économie culturelle numérique nationale, inclusive et compétitive, capable de protéger les créateurs, de valoriser les contenus locaux et de positionner le Bénin comme un acteur crédible sur les marchés culturels régionaux et internationaux. Le document expose aussi la richesse du patrimoine culturel béninois comme l’une des forces majeures du pays. Sites historiques, traditions orales, langues nationales, pratiques rituelles, savoir-faire artisanaux viennent engraisser le riche patrimoine matériel et immatériel du pays pour fonder une identité nationale qui nourrit le sentiment d’appartenance collective.

Ces dernières années, l’Etat a engagé des efforts notables en matière de restauration de sites historiques, de promotion des patrimoines immatériels et de revitalisation linguistique. Mais la protection du patrimoine immatériel demeure fragile, tandis que les initiatives, souvent dépendantes de financements extérieurs, peinent à s’inscrire dans la durée. A cela s’ajoutent les menaces liées au changement climatique et aux instabilités sociopolitiques dans la sous-région. Le diagnostic du domaine culturel révèle un paradoxe. D’un côté, des forces indéniables telles que la richesse patrimoniale, la diversité des expressions artistiques, l’expertise locale en conservation, le dynamisme de la jeunesse, le soutien institutionnel affirmé. De l’autre, des faiblesses persistantes à savoir, entre autres, l’insuffisance d’infrastructures culturelles, la faible protection du patrimoine immatériel, le manque de données fiables, la professionnalisation inachevée et l’érosion de l’usage des langues nationales.

A ces fragilités s’ajoutent aussi des menaces externes. La mondialisation excessive, la vulnérabilité climatique et l’instabilité régionale sont identifiées comme des éléments à risque pour l’envol de cette riche culture. Mais la Vision 2060 identifie également des opportunités majeures, notamment l’accès aux financements internationaux, les partenariats culturels, le développement du tourisme et l’intérêt croissant pour les produits culturels authentiques. Il s’ensuit que la trajectoire culturelle du Bénin se joue autour de trois points stratégiques. Le premier, l’enracinement et l’ouverture, pour s’inscrire dans le monde sans se diluer. Vient ensuite la tradition et modernité, pour faire du patrimoine une ressource vivante et enfin la création libre et structuration institutionnelle, afin de concilier innovation et durabilité.

Rayonnement culturel et international

Face aux risques d’aliénation culturelle, la Vision nationale appelle à une politique culturelle volontariste, articulée autour du soutien aux industries créatives, de la préservation des pratiques endogènes, de la structuration de l’écosystème culturel local et de la valorisation de la culture comme levier de développement économique, diplomatique et identitaire. Cette orientation est portée au plus haut niveau de l’État. Pour le président Patrice Talon, projeter le Bénin à l’horizon 2060, c’est refuser l’improvisation et inscrire l’action publique dans la rigueur, la planification et le travail bien fait. La Vision « Bénin 2060 Alafia, un Monde de Splendeurs », adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, se veut une boussole collective, garante de la continuité des politiques publiques au-delà des alternances.

Le Pilier 4 du document incarne l’ambition d’un Bénin rayonnant par sa culture, son identité et l’exemplarité de ses citoyens, contribuant à renforcer la cohésion nationale, à promouvoir l’image du pays et à accroître sa visibilité sur la scène internationale. À travers son rayonnement culturel, le Bénin développe une diplomatie d’influence fondée sur la richesse de son patrimoine, la promotion de ses langues, la vitalité de ses expressions artistiques et la fierté de ses identités multiples. Ce rayonnement participe à la construction d’un récit national fort et mobilisateur, tout en consolidant le sentiment d’unité et d’appartenance, précise le document.  

Sur le plan de l’image nationale, les Béninois incarnent un modèle citoyen renouvelé, fondé sur le respect des valeurs collectives, la préservation des biens publics, la confiance mutuelle et l’engagement actif dans la promotion du pays et de sa culture au-delà des frontières. En matière d’accessibilité culturelle, le Bénin promeut la démocratisation de l’accès aux œuvres, aux savoirs et aux pratiques culturelles, à travers des politiques inclusives garantissant que chaque citoyen, quel que soit son milieu ou son territoire, puisse participer pleinement à la vie culturelle nationale et à la valorisation du patrimoine.

Dans un environnement international marqué par la compétition des modèles, l’affirmation des identités culturelles et la recherche accrue de partenariats économiques et stratégiques, le Bénin entend renforcer sa visibilité et son influence sur les scènes régionale et internationale. Cette orientation traite de la projection d’une image positive, dynamique et attractive du pays, fondée sur ses richesses culturelles, ses atouts touristiques, son potentiel sportif et la qualité croissante de ses produits locaux destinés à l’exportation, dans le cadre de l’initiative « Made in Benin ». Elle est développée à travers un objectif stratégique qui appelle à « Assurer le rayonnement de la République du Bénin dans la sous-région et à l'international ».

Valoriser l’identité familiale, culturelle, cultuelle et sociétale

La société béninoise se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son évolution, confrontée à des dynamiques complexes qui fragilisent progressivement son identité, ses valeurs fondamentales et son patrimoine culturel et cultuel. Face à cela, il devient impératif d’agir avec détermination pour préserver et renforcer les piliers sociétaux qui constituent le socle de la cohésion nationale. La préservation des valeurs familiales, culturelles, cultuelles et sociétales apparaît comme une priorité stratégique pour maintenir la stabilité sociale, encourager la solidarité intergénérationnelle et promouvoir un développement harmonieux, ancré dans les réalités et les traditions nationales, soutient le document.  

Pour y parvenir, plusieurs axes d’action sont envisagés, notamment l’affermissement de l’identité culturelle et cultuelle à travers la promotion des langues nationales, des savoirs endogènes et des symboles de l’unité nationale, la restauration des valeurs familiales, en réhabilitant les principes de respect, de responsabilité,  de solidarité et de transmission éducative au sein de la famille, la préservation et la mise en valeur du patrimoine culturel, qu’il soit matériel ou immatériel, comme vecteur de mémoire collective et d’ouverture au monde. A cela s’ajoutent la valorisation des expressions artistiques et des richesses culturelles locales, en soutenant la création, la diffusion et l’accès à la culture pour tous, le développement de l’esprit associatif et du tissu communautaire, en encourageant les initiatives citoyennes et la participation active à la vie sociale.

Cette démarche exige une mobilisation collective des acteurs publics, des collectivités territoriales, de la société civile, des communautés locales et des acteurs culturels et cultuels, dans une logique de complémentarité et de responsabilité partagée, ont par ailleurs reconnu les rédacteurs de la Vision 2060.

À l’horizon du centenaire de son indépendance, le Bénin fait le pari d’une culture forte, structurée et rayonnante. Une culture capable de préserver l’âme du pays tout en dialoguant avec le monde, de créer de la richesse sans perdre son sens, et de rassembler les générations autour d’un héritage partagé. Dans la Vision 2060, la culture n’est plus seulement mémoire. Elle devient promesse, moteur et horizon d’un Bénin de splendeurs.